Un centre de vacances accueillant aidants et aidés

En France, entre 8 et 11 millions de personnes seraient aidants informels ou familiaux (1) dont 52% qui travaillent et 82% qui y consacrent au moins 20 heures hebdomadaires (2). Autant de personnes qui œuvrent avec peu de reconnaissance et qui consacrent souvent tout leur temps libre à soutenir un proche dépendant. Ils trouvent peu de moments de répit, s’épuisent souvent dans ce rôle d’aidant et pour eux, les vacances n’en sont jamais vraiment.

C’est pourquoi en Auvergne, Roger Picard, aidant de sa femme malade depuis plus de 30 ans, a créé en 2015 un centre de répit baptisé « Les Bruyères » accueillant les personnes aidées et leurs aidants, voire leur famille au grand complet, pour des séjours où chacun peut passer de vraies vacances.

Roger Picard, aidant de sa femme atteinte d’une maladie neurodégénérative depuis plus de 30 ans, entreprend ce projet de village de vacances adapté à l’accueil des aidés et de leurs aidants, alors qu’il se rend compte, au fil des années, que les vacances ne sont jamais un moment de repos pour l’aidant. Il s’avère en réalité, que sur les lieux de vacances, où l’on ne peut pas forcément emmener tout le matériel adapté à la situation de la personne aidée, et où les éventuels auxiliaires de vie ou soignants ne sont pas là non plus, le quotidien des aidants est bien plus compliqué qu’à la maison.

Au centre Les Bruyères, au milieu de la nature, dans l’Allier, la personne dépendante est donc accueillie avec son ou ses aidant(s), ainsi que les membres de sa famille si elle le désire, dans des chalets individuels. À ce jour, le centre dispose de 10 chalets de 4 à 6 personnes chacun, entièrement accessibles et équipés aux personnes en situation de handicap. Tout autour, on trouve des équipements également adaptés aux personnes en situation de handicap, comme une grande piscine. D’autres projets pour les Bruyères sont en cours de discussion avec des financeurs, comme celui de construire une piscine intérieure, de mettre en place de l’équithérapie, une ferme thérapeutique et un accrobranche adapté.

Des animateurs proposent chaque jour des activités, et des services sont mis en place pour la toilette ou l’accompagnement des repas afin de permettre à l’aidant de se reposer.

« Ces séjours ont l’immense avantage de ne pas séparer l’aidé de l’aidant et donc de permettre pour le premier du repos avec des activités adaptées et pour les seconds du répit, du repos et des activités communes ou non. Cela en préservant la continuité́ des soins et de la prise en charge. », explique monsieur Picard.

« La création d’un tel projet n’a pas été si difficile. Seul le financement pose problème car nous n’avons bénéficié d’aucune subvention, puisque notre structure n’a pas obtenu de reconnaissance par le secteur médico-social. », poursuit Roger Picard. Ce manque de reconnaissance est préjudiciable au centre car cela l’empêche notamment de répondre aux éventuels appels à projet relevant des enjeux aidants/aidés.

Le manque de reconnaissance a également pour conséquence que les frais de séjour restent à la charge des familles. Pour les aider à les régler, le centre a créé un poste d’assistante sociale qui est chargée de trouver des solutions de financement individuelles et de préparer la venue des familles, notamment l’organisation de soins médicaux le cas échéant.

Il y a cependant deux limites au niveau de l’accueil au Bruyères. La première concerne les personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer qui ont tendance à partir « vagabonder » ce qui présente un risque. Dans de tels cas, le centre demande à la famille d’être toujours présente auprès de leur proche, ce qui va malheureusement un peu à l’encontre de l’idée initiale du projet qui est de permettre aux aidants de se reposer.

La seconde limite concerne les personnes autistes qui seraient violentes ou agressives car là encore, chacun ne pourra pas profiter du calme attendu durant ces vacances. « Ce sont des cas toujours difficiles à évaluer, car selon les périodes les malades vont plus ou moins bien. En outre, c’est toujours désagréable de refuser des familles mais nous en avons fait l’expérience parfois, et cela a été très difficile à gérer pour une structure comme la nôtre. », explique monsieur Picard.

Durant l’été, ce sont surtout des familles qui viennent profiter des vacances au centre Les Bruyères. Elles restent chaque année toujours un peu plus longtemps (12 jours en moyenne l’été dernier). La belle saison fait désormais le plein et 80% des vacanciers réservent d’une année sur l’autre. Pour répondre aux fortes demandes estivales, le centre dispose même d’une toile de tente pour les enfants des familles nombreuses !

Au printemps et à l’automne, ce sont davantage des structures médico-sociales qui viennent au centre pour des séjours de rupture, en général avec 7 ou 8 malades et 4 ou 5 accompagnants professionnels, afin de venir respirer un peu le bon air de la campagne !

L’hiver est encore très calme aux Bruyères car la région n’est pas particulièrement touristique en cette saison mais Monsieur Picard compte bien faire en sorte que le nombre de réservations augmente lors de la saison hivernale pour atteindre enfin un taux de remplissage qui permette au centre d’arriver à l’équilibre financier. Pour y parvenir, il est également question d’augmenter le nombre de logements, en ajoutant des roulottes pour deux personnes, d’autant que pour l’été 2020, le centre affiche déjà 70% de demandes de réservation de plus que ce qu’il peut accepter. Un manque à gagner qui pourrait donc être compensé par l’agrandissement de ce beau village de vacances pour tous.

 (1) Sources : Enquête Handicap-Santé 2008, DREES, portant sur 5 000 aidants informels de proches ayant déclaré́ « avoir des difficultés dans les actes de la vie quotidienne » et Baromètre 2017, Fondation April et BVA.
(2) Source : Baromètre BVA APRIL 2018 publié le 27 septembre 2018

2 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Logo Santé Info Droits

Partager sur

Copier le lien

Copier