médicaments et conduite automobile

Médicaments et conduite : l’efficacité des avertissements visuels sur les boîtes mise en doute

Une étude récente menée par des chercheurs de l’Inserm montre que les avertissements visuels présents sur les boîtes de médicaments susceptibles d’altérer les capacités des conducteurs n’ont pas contribué à diminuer l’accidentologie depuis qu’ils ont été adoptés en 2007.

Les pictogrammes d’avertissements sur les boîtes de médicaments visant à prévenir les patients que leur aptitude à conduire pourrait être altérée en cas de consommation ne seraient d’aucune efficacité. C’est en tout cas ce qu’affirment les auteurs d’une étude publiée récemment dans le British Journal of Clinical Pharmacology.

Pour parvenir à cette conclusion, les auteurs, chercheurs à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) pour la plupart, ont épluché les registres des accidents en France de 2005 à 2011 qu’ils ont rapprochés des données sur la consommation de somnifères et de benzodiazépines issues des bases de remboursement de l’Assurance maladie.

Autant d’accidents après l’adoption des pictogrammes

« Pour déterminer l'efficacité des pictogrammes, rapporte l’AFP, les chercheurs ont identifié 150.000 conducteurs impliqués dans des accidents de la route, en les répartissant en 4 grandes périodes : de juillet 2005 à décembre 2006, soit avant l'instauration des nouveaux pictogrammes, de janvier 2007 à mai 2008 correspondant à la mise en place du système, puis de juin 2008 à décembre 2009 et de janvier 2010 à décembre 2011, pour suivre l'évolution ».

Pour Emmanuel Lagarde chercheur dans l’unité Inserm d’épidémiologie et de biostatistique à l’Université de Bordeaux et principal auteur de l’étude, la mise en place des nouveaux avertissements n’a pas entraîné de baisse durable du risque d'accident lié aux médicaments. Pour lui, « les informations inscrites sur les boîtes de médicaments sont pertinentes, mais ça ne suffit pas ».

Un tiers des médicaments du marché présentent un risque

De nombreux médicaments sont susceptibles d’affecter de façon plus ou moins importante les capacités de conduite d’un véhicule. Les données de la littérature montrent qu’une exposition à un médicament potentiellement dangereux est retrouvée chez environ 10 % des accidentés de la route. Une étude sur les médicaments et la conduite automobile coordonnée par l'Inserm et publiée en 2010 conclut que la prise de médicaments à risque serait responsable d’environ 3 % de l'ensemble des accidents de la circulation en France.

Selon l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), les hypnotiques et les anxiolytiques (en particulier les benzodiazépines) sont les substances les plus fréquemment retrouvées quand il est question d’un accident de la route imputable à un médicament. D’autres sont également susceptibles d'altérer les capacités de conduire. Il peut s’agir de traitement prescrit contre un trouble passager (allergie, douleur) ou encore une maladie chronique (hypertension, diabète, etc.). Certains médicaments disponibles sans ordonnance peuvent aussi s’avérer incompatibles avec la conduite.

Trois niveaux de risques associés à un pictogramme de couleur

Depuis 2007, l’agence a mis en place un nouveau dispositif d’avertissements visuels sur les boîtes de médicaments dont on sait qu’ils sont susceptibles d’altérer la capacité de conduite. Alors que depuis 1999, les médicaments en question étaient signalés au moyen d’un unique pictogramme, l’agence distingue désormais trois niveaux de risque :

– Les médicaments de niveau 3 (pictogramme rouge) sont ceux qui présentent le risque le plus élevé. Parmi eux : les somnifères, de nombreux tranquillisants et neuroleptiques ou les collyres provoquant une dilatation de la pupille. « La prise de ces médicaments entraîne une incapacité temporaire qui rend la conduite impossible, indique l’ANSM. Lorsque votre médecin vous prescrit de tels médicaments, vous devez vous informer du délai à respecter avant de pouvoir reprendre le volant ».

– Les médicaments de niveau 2 (pictogramme orange) peuvent remettre en cause la conduite d'un véhicule ou l'utilisation d'une machine. Pour l’ANSM, « Il est donc indispensable d'en parler avec un professionnel de santé, tel le médecin qui vous prescrit ce type de médicaments ou le pharmacien qui vous le délivre. C'est avec leur aide que vous pourrez vérifier votre aptitude ». Cette catégorie de médicaments comprend des antidépresseurs, des anti-douleurs (ceux par exemple contenant de la codéine ou de la morphine), des tranquillisants, des traitements contre le diabète, la maladie de Parkinson et l'épilepsie.

– Les médicaments de niveau 1 (pictogramme jaune), quant à eux, ne remettent pas forcément en cause les capacités du conducteur mais peuvent parfois générer des effets dangereux. C’est ainsi que certains médicaments contre le rhume ou la toux sont susceptibles d’entraîner une somnolence ou que certains traitements contre l'hypertension artérielle peuvent provoquer des vertiges. Si de tels effets se manifestent, passez le volant ou préférez les transports en commun.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Logo Santé Info Droits

Partager sur

Copier le lien

Copier