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L’Hôtel-patients : un sas pour l’hospitalisation ?

Avec l'augmentation des prises en charge de très court séjour (en conventionnel ou en ambulatoire), les équipes médicales soutenues par les pouvoirs publics doivent trouver des solutions pour réinventer le parcours de soins, afin d’assurer une continuité du suivi des patients. L’hôtel-patients pourrait s’imposer comme un sas intermédiaire idéal, un hébergement transitoire, certes non médicalisé mais rassurant, qui interviendrait entre l’hospitalisation et le domicile.

Les prémices de l’hôtel hospitalier à l’Hôtel-Dieu à Paris

Dans les années 1990, la Direction et les médecins décident de transformer une aile inutilisée de l'hôpital en hôtel, pour accueillir des patients qui venaient de loin, en chirurgie thoracique, en ophtalmologie (notamment pour les opérations de la cataracte) ou en hématologie, pour les enfants atteints de leucémie avec leur famille accompagnante. Un accord avec la CPAM de Papeete avait même été passé pour prendre en charge ces malades très éloignés et leur permettre d’intégrer, dans leur parcours de soins, cette étape à l’hôtel.

Quelques années plus tard, pour le Pr Jean-Pierre Béthoux, à l’époque responsable du service de chirurgie de l’Hôtel-Dieu*, lorsqu’une réflexion globale se met en place dans le secteur hospitalier autour des soins de très court séjour, cet hôtel de 14 chambres semble une opportunité à exploiter dans les chemins cliniques hospitaliers. L’expérience s’accélère, s’affine, et en l’espace de 18 mois, entre 2010 et 2011, la durée moyenne de séjour passe en chirurgie générale et viscérale dans ce service de 3,90 nuitées à 0,46. Bien entendu, les progrès de la médecine et une meilleure prise en charge de la douleur ces dernières années participent également à cette réduction du temps d’hospitalisation.

Tout le monde y trouve son compte. Les lits très médicalisés et coûteux sont désormais réservés à des patients dont l’état de santé exige une telle prise en charge et les patients qui n’ont pas spécifiquement besoin d’une nuit médicalisée peuvent quand même être hébergés à l’hôtel hospitalier s’ils habitent loin ou s’ils ont besoin d’une visite de contrôle le lendemain. Le coût pour la collectivité s’en trouve réduit puisque l’on passe de lits médicalisés, qui peuvent atteindre jusqu’à 1500 € par nuit, à des lits facturés environ 70 € par nuit. En outre, les patients trouvent avec cette solution davantage de confort car ils ne sont pas réveillés durant la nuit par les va-et-vient d’un service très médicalisé.

Le projet "hôtel-patients" s’étend à plusieurs établissements

En 2012/2013, un groupe de travail, coordonné sur le plan médical par le Pr. Béthoux, est organisé avec l’Agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France pour voir comment cette expérience pourrait être étendue à d’autres établissements de santé. Il apparaît alors, après une enquête « un jour donné » menée dans plusieurs établissements de santé publics et privés de la région, que 30% des patients hospitalisés de façon classique pourraient bénéficier d’une prise en charge dans un hôtel-patients.

En Ile-de-France, 5 établissements de santé (en MCO ou SSR) répondent en 2015 à un appel d’offres de pré-configuration pour tenter cette nouvelle approche du parcours de soins. Ensemble, ils dessinent, selon les besoins de différentes spécialités, ce que pourrait être ce nouveau concept d’hôtel-patients.

Il est tout d’abord confirmé qu’un hôtel-patients n’est absolument pas médicalisé. Il est certes dans l’enceinte même de l'hôpital ou dans un établissement hôtelier très proche avec qui l’hôpital établit une convention, mais aucun service médical n’est assuré par l’hôpital. En fait, le patient qui loge à l’hôtel-patients en post-hospitalisation est dans un état de santé similaire à un patient qui rentrerait chez lui.

En outre, comme pour certains traitements ou interventions nécessitant que le médecin s’assure que le patient aura le soutien d’un accompagnant s’il rentre chez lui juste après, le protocole de soins exige parfois que le patient hébergé en hôtel-patients soit accompagné d’un aidant si cela s’avère nécessaire.

Enfin, dans la loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) 2015, un article autorise une expérimentation de 3 ans, financée par le fonds d’intervention régional (FIR), permettant aux “établissements de santé de proposer à leurs patients une prestation d'hébergement temporaire non médicalisé, en amont ou en aval de leur hospitalisation. L'établissement de santé peut déléguer la prestation à un tiers par voie de convention”. De nombreux établissements, partout en France, sont déjà intéressés par cette expérimentation qui n’attend plus, pour commencer, que la sortie d’un décret (que le professeur Béthoux espère voir publié en automne 2016), précisant les conditions d’accès et les critères d’éligibilité des patients.

Critères d’éligibilité des patients

Il y a quelques mois, la Haute Autorité de Santé (HAS) a publié un rapport d’orientation précisant les critères d’éligibilité des patients à un parcours de soins incluant l’hébergement en hôtel-patients.

Parmi ces critères figurent :

  • Le consentement libre et éclairé du patient
  • L’éloignement de son lieu de résidence
  • L’absence d’un besoin de surveillance médicale ou paramédicale continue liée à son hospitalisation
  • Le fait que le patient soit autonome d’un point de vue moteur et cognitif
  • L’absence de besoin d’installations médicales ou techniques lourdes
  • L’absence de trouble mental, temporo-spatial ou d’addiction (sauf dans certains cas, si présence d’un proche accompagnant)
  • L’absence d’agent pathogène à transmission directe ou via l’environnement

Au cas par cas, d’autres spécificités peuvent participer à mettre ou non en place ce protocole autour de l’hôtel-patients, comme :

  • Des spécificités liées à la pathologie
  • L’âge du patient
  • Son niveau d’anxiété
  • Son état de santé général

Le parcours de soins incluant l’hôtel-patients

Il n’est pas prévu de durée limitée pour l’hébergement en hôtel-patients, toutefois il est a priori plutôt envisagé pour des séjours courts, d’une à deux nuitées. Ces délais sont bien sûr susceptibles d’être prolongés, notamment pour les cas de protocole de soins particuliers comme une chimiothérapie ou des séances de radiothérapie, voire pour des soins réalisés en SSR.

La situation géographique de certaines régions rend par ailleurs ce service d’autant plus pertinent. L’hôtel-patients est particulièrement utile par exemple dans les zones isolées (notamment certains territoires d’outre-mer) pour les cas de grossesse à risques, afin d’accueillir la future maman au plus près de l’hôpital quelques jours avant le terme, sans pour autant qu’elle occupe un lit médicalisé coûteux et qui pourrait servir à une patiente qui serait dans une plus grande urgence.

De même, dans la région de Grenoble par exemple, les soins ambulatoires sont parfois difficilement envisageables pour certains patients qui ont une route difficile à faire après leurs soins. Dans de tels cas, ces patients qui n’ont pas spécifiquement besoin d’un lit médicalisé pourraient rester à proximité de l’hôpital pour la nuit.

La nuitée peut d’ailleurs avoir lieu également la veille de l’hospitalisation afin de préparer, par exemple, tant sur le plan administratif que médical, en chrirurgie l’intervention du lendemain, en médecine un bilan médical ou un traitement spécifiques, en obstétrique un accouchement programmé.

Combien cela va-t-il coûter ?

Le décret attendu cet automne doit préciser les conditions tarifaires mais les recommandations vont dans le sens d’un tarif qui se rapprocherait sensiblement de celui d’une hospitalisation en chambre individuelle. Le forfait hospitalier resterait à la charge du patient qui, le cas échéant, pourra se faire rembourser par sa complémentaire santé, et le temps de l’expérimentation de 3 ans, le FIR prendrait en charge le reste des dépenses.

Bien entendu, cette prise en charge ne serait assurée qu’à la condition que le séjour en hôtel-patients soit prescrit par le médecin dans le cadre de son parcours de soins. Il s’agira d’ailleurs sûrement d’une prise en charge forfaitaire, le patient ne payant que ce qu’il doit à l’hôpital (cf. plus haut). C’est l’hôpital, financé par le FIR, qui lui-même paiera l’hôtel-patients selon une convention précisant les conditions tarifaires.

Les chambres de l’hôtel-patients seront également ouvertes aux patients désireux d’y séjourner par confort (pour arriver plus tranquillement la veille ou loger des proches). Mais sans prescription du médecin, le séjour en hôtel-patients ne sera pas pris en charge (sauf accord éventuel avec la complémentaire santé).

Enfin, à l’issue de l’expérimentation, si elle est concluante, d’ici 2019/2020, l’Assurance maladie et les mutuelles verront (après modification législative) leur périmètre de remboursement des prestations élargi à celle des nuitées d’hôtels-patients.

En résumé, quelques avantages des hôtels-patients :
  • Coût réduit pour la collectivité
  • Permet de libérer des lits pour les personnes les plus malades
  • Plus grand confort pour les malades qui peuvent en outre être accompagnés d’un proche
  • Réduction des transports sanitaires
  • Réduction de la durée d’exposition aux risques liés aux maladies nosocomiales
  • Meilleure prise en charge pour les personnes éloignées de l’établissement

* Le professeur Béthoux est aujourd’hui professeur des universités et chirurgien consultant auprès de l’AP-HP et de l’ARS d’Ile-de-France.

1 commentaire

  •  Les complémentaires santé, dans le cadre des conventions avec les établissements publics, seront-elles prêtes à accepter une facturation de la nuitée à la hausse (par rapport à une chambre particulière) en échange de la réduction du TJP, la DMS dans les unités médicales étant de fait diminuée ?

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