Hépatite C : la fin du rationnement des traitements ?

Hépatite C : la fin du rationnement des traitements ?

Sous la pression de nombreuses associations de malades, dont SOS Hépatites Fédération, Fédération Addiction, AIDES, Médecins du Monde, le Collectif Interassociatif Sur la Santé et beaucoup d’autres, Marisol Touraine a annoncé ce mercredi 25 mai 2016 (qui marque la Journée de lutte contre les hépatites virales) l’accès universel aux traitements innovants contre l’hépatite C.

Rappelons qu’en France, 367 000 personnes sont contaminées par le virus de l’hépatite C, que l’hépatite chronique (la maladie qui en découle) touche 232 000 personnes (source Inserm) et tue chaque année 2 700 personnes. Eradiquer ce virus paraissait jusqu’en 2014 particulièrement compliqué du fait que le traitement proposé n’était pas assez efficace. Mais, en 2014, de nouveaux traitements que l’on appelle AAD (antiviraux à actions directes) ont été mis sur le marché et guérissent les patients dans plus de 90% des cas ! Malheureusement les laboratoires qui ont développé ces traitements imposent aux « pays riches » des prix de vente exorbitants et, en France, le gouvernement avait jusqu’alors décidé de rationner le traitement pour le réserver aux patients les plus malades.

Les associations de malades se sont battues ces deux dernières années pour ne pas subir la loi du marché qui a laissé des dizaines de milliers de malades à leurs douleurs parfois quotidiennes et dans une détresse d’autant plus pénible qu’ils savaient qu’un traitement efficace était disponible et parfois financièrement abordable dans des pays comme l’Inde ou le Maroc.

En outre, d’un point de vue de santé publique, il était inimaginable de ne pas rendre ces nouveaux traitements accessibles à tous puisqu’ils offrent enfin l’espoir d’éradiquer cette maladie.

Pourquoi ces disparités de prix selon les pays ?

Il y a différentes stratégies possibles pour un laboratoire afin de commercialiser un médicament sur lequel il détient un brevet. Il peut ainsi choisir que le prix ne soit pas le même d’un pays à l’autre, en général dans l’optique de négocier des prix beaucoup plus élevés (voire extrêmement plus élevés) dans les pays où les systèmes de santé sont réputés avoir les moyens de payer. En parallèle, le laboratoire peut décider de mettre en place des licences volontaires dans certaines zones géographiques qui permettent à des fabricants de médicaments génériques de produire et distribuer leurs médicaments, mais seulement dans lesdites zones géographiques et en reversant bien évidemment des royalties au laboratoire détenteur du brevet. C’est ainsi qu’en France le coût pour 12 semaines de traitement s’élève à 46 000 € contre 550 € en Inde !

En France le gouvernement a, pour l’instant, rationné l’accès au traitement contre l'hépatite C

Face à ce tarif évidemment assommant, les autorités françaises ont pris, en 2014, la décision de rationner le traitement. Seul les cas les plus graves d’hépatite C peuvent, à ce jour, en bénéficier. Il faut savoir que l’hépatite C est une maladie évolutive qui attaque le foie, entrainant ce que l’on appelle une fibrose. On classe l’évolution d’une fibrose selon les stades F0 (phase où le foie est normal) jusqu’à F4 (phase de cirrhose). Les cas éligibles à la prescription des nouveaux traitements par AAD sont débattus au sein de réunions médicales appelées RCP (Réunion de concertation pluridisciplinaire) qui avaient pour consigne, jusqu’aux nouvelles déclarations faites aujourd’hui même par la ministre de la santé Marisol Touraine, de n’accepter que les stades F3 et F4.

Ainsi en 2015, seuls 14 500 malades ont été traités par AAD en France. Dans les faits, les associations de patients ont cependant constaté que les décisions en RCP étaient hétérogènes et que certaines d’entre elles avaient accepté des cas de F2 (à bon entendeur, cela vaut le coup d’être bien renseigné et perspicace…).  

Une maladie très invalidante

Comment blâmer les médecins qui tentent d’inclure le plus de malades possibles ? Certains hôpitaux ayant prescrit les nouveaux traitements pour des stades F2 ont reçu des avertissements, mais les médecins sont parfois confrontés à des patients ayant une fibrose peu avancée tout en souffrant d’autres effets de la maladie extrêmement pénibles voire invalidants qui en toute logique devraient être pris en compte pour accélérer un accès au traitement. En effet, on peut souffrir de très grande fatigue, de douleurs musculaires, articulaires, de maux de tête, de troubles de l’humeur ou de troubles dépressifs, insomnie, nausées, diarrhée… Bref, même avec un foie encore sain, l’hépatite C peut être un calvaire pour les malades.

En témoigne Frédéric, 56 ans, chef d’une petite entreprise, qui a découvert qu’il était infecté il y a quelques semaines seulement mais qui se sent déjà si fatigué qu’il a été contraint d’arrêter de travailler. Il est profondément désemparé du fait que jusqu’ici il n’était pas « assez malade » pour espérer recevoir le traitement et envisage de l’acheter au Maroc où on le trouve entre 1 000 et 2 000 €.

Cette phrase « Vous n’êtes pas assez malade » a aussi été une malheureuse fin de non recevoir pour Véronique, 41 ans, malade depuis environ 25 ans et qui espérait bien pouvoir bénéficier du traitement avant de faire un enfant. Sa fibrose n’était pourtant pas suffisamment avancée pour qu’elle puisse en bénéficier. Malgré le risque de transmission du virus à son bébé (entre 3 à 6 % de risque), elle a cependant choisi de devenir maman et est aujourd’hui enceinte.

Les solutions pour sortir du problème

A titre individuel, certains malades ont choisi d’aller acheter le médicament dans des pays comme l’Inde ou le Maroc, à leurs frais… Une alternative qui nécessitent d’avoir quelques bons contacts, des économies de côté et qui ne met pas à l’abri les malades de tomber sur des contrefaçons de médicaments. Lorsqu’on procède de cette façon, le mieux est d’avoir une prescription d’un médecin français (qui sont plutôt favorablement disposés à suivre leurs malades lorsqu’ils partent chercher leur traitement à l’étranger), et d’un médecin du pays d’origine de l’achat pour éviter les problèmes de douanes.

L’autre solution poussée jusqu’ici par les associations seraient que le gouvernement mette en place ce que l’on appelle la licence d’office, ou licence obligatoire dont voici la définition « Les licences d'office sont des actes de la puissance publique : elles permettent de mettre sous licence accordée par l'Etat l'exploitation de brevets lorsque l'intérêt de la défense nationale, l'intérêt de l'économie nationale ou l'intérêt de la santé publique le justifient. » (source site du Sénat). En d’autres termes il s’agit d’un outil juridique qui permet de produire ou d’importer des génériques d’un médicament breveté sur un territoire national. Le recours aux licences obligatoires a déjà été activé dans certains pays notamment pour le traitement du VIH, mais il oblige clairement à un bras de fer entre un gouvernement et le lobby des firmes pharmaceutiques. Bras de fer que le gouvernement français a pour l’instant choisi de ne pas engager, au détriment de la santé de dizaines de milliers de malades sur son territoire. Pourtant, si les négociations dont a parlées ce matin la Ministre de la Santé pour permettre l’accès universel aux AAD ne sont pas à la hauteur de ses attentes, a-t-elle l’intention d’activer la licence d’office et d’envoyer par la même occasion un message fort aux laboratoires afin que la santé ne soit pas un sujet de spéculation à croissance exponentielle ? C’est la santé publique et la solidarité nationale face à l’accès aux soins qui sont en jeux. Dans tous les cas, il faut espérer que les négociations prévues iront de pair avec une IMMÉDIATETÉ de cet accès universel aux traitements contre l’hépatite C… Car sur ce point, l’annonce de la ministre reste à confirmer dans les faits à compter de septembre et après avis de la Haute Autorité de Santé…

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