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DMLA : hold-up en plein jour de deux laboratoires helvètes

Il aura fallu plusieurs années avant que les pouvoirs publics français se décident à autoriser l’utilisation de l’Avastin dans le traitement de la dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA), afin d’en diminuer les coûts. Des centaines de millions d’euros auraient ainsi pu être économisés en évitant le recours au Lucentis, un médicament vendus 20 à 50 fois plus cher. C’est maintenant chose faite. L’autorité de la concurrence enquête afin d’identifier dans quelle mesure les labos impliqués sont coupables de distorsion de concurrence.

Les laboratoires Roche et Novartis ont-ils intrigué pour imposer aux médecins l’utilisation du Lucentis dans le traitement de la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) alors que l’Avastin, tout aussi efficace, coûte jusqu’à 50 fois moins cher ? L’Autorité de la concurrence se penche sur le sujet depuis plusieurs mois. Sollicitée par 66 Millions d’IMpatients, l’autorité n’a pas souhaité en dire plus sur l’avancée de son enquête.

L’Avastin et le Lucentis sont deux médicaments similaires indiqués pour le premier dans le traitement du cancer colorectal métastatique et pour le second dans celui de la DMLA, une affection oculaire qui touche près d’un million de personnes. Jusqu’en 2012, de nombreux ophtalmos hospitaliers privilégiaient l’injection d’Avastin afin de traiter cette maladie de la rétine – première cause de malvoyance chez les personnes âgées – en raison de son coût moins élevé (30 à 50 € la dose contre… 800 € pour le Lucentis). 

Près de 430 millions d’euros de dépenses en 2013

En juillet de cette même année, peu de temps après l’arrivée de Marisol Touraine au ministère de la Santé, la Direction générale éponyme annonçait dans une circulaire sa volonté d’interdire « la préparation de seringues par répartition aseptique d'une solution de bévacizumab (AVASTIN®), pour injection intravitréenne, compte tenu de l’existence d’une spécialité adaptée (LUCENTIS®, ranibizumab) possédant une AMM pour le traitement de la DMLA et spécifiquement formulée et présentée pour les injections intravitréennes ». 

Une véritable offrande pour le laboratoire Novartis, mais aussi pour Roche, qui touche directement des royalties sur le Lucentis via Genentech, la société ayant développé les deux médicaments que le géant suisse a racheté en 2009. Les deux laboratoires ont donc tout intérêt à ce que le Lucentis continue d’être utilisé en masse dans le traitement de la DMLA. Et tant pis pour le trou de la Sécu… Le Lucentis représente le premier poste de dépense de l’Assurance maladie avec 428 millions d’euros remboursés en 2013. Selon le quotidien Le Monde, Roche aurait réalisé en 2014 1,4 milliard d’euros de chiffre d’affaires grâce au Lucentis et Novartis, 2,2 milliards d’euros de ventes.

Après le tollé suscité par cette interdiction, pouvait-on lire alors dans les colonnes du Figaro, « la ministre de la Santé avait calmé immédiatement le jeu en déclarant le jour même qu'elle allait tout mettre en œuvre pour que l'Avastin puisse être à nouveau autorisé en injection intraoculaire. Mais, dès le lendemain, elle revenait sur cette décision en déclarant que c'est au laboratoire Roche de demander l'autorisation de mise sur le marché de l'Avastin pour traiter la DMLA ».

Des pouvoirs publics bien timorés face aux laboratoires

Cette démarche, le laboratoire ne l’a évidemment jamais entreprise. Las de faire les gros yeux sans résultats et pressés de toute part (rappelons, par exemple, cette lettre ouverte adressée par la syndicat de la Médecine générale au président de la République en juin 2013, les pouvoirs publics ont finalement instauré en 2014 le principe de la recommandation temporaire d’utilisation (RTU). 

Cette disposition prévoit de permettre, au cas par cas, l’utilisation d’un médicament hors de ses indications officielles. Depuis le 1er septembre dernier l’Avastin est dans ce cadre autorisé d’utilisation pour le traitement de la DMLA. Il était temps… Les économies qui auraient pu être engendrées si un tel dispositif avait été adopté dès 2012 se chiffrent en centaines de millions d’euros

Plutôt que de se faire discret, le laboratoire Roche a contesté auprès du Conseil d’Etat la légalité du dispositif de RTU appliqué à l’Avastin en lui demandant d’y mettre un terme immédiatement. Le Conseil d’Etat a rejeté cette demande, refusant de suspendre la décision de l’ANSM autorisant l’utilisation de l’Avastin pour le traitement de la DMLA, mais l’instruction de la plainte du laboratoire se poursuit sur le fond. 

Enquête sur les pratiques de deux géants suisses

Roche n’en démord pas : le Lucentis et l'Avastin « sont des médicaments totalement différents. (…) Le gouvernement  français veut mettre sur le marché, et pour des raisons économiques, un médicament pour une indication qu’il n’a pas alors même qu’il existe des alternatives. La  question que l’on pose est une question de responsabilité ». Interdit de rire !

Le Conseil d’Etat se prononcera dans les mois prochains sur le sujet. On attend dans le même temps les résultats de l’instruction de l’Autorité de la concurrence à propos des soupçons de distorsion de concurrence qui pèsent sur les deux labos suisses. Rappelons qu’en mars 2014, l'autorité de la concurrence italienne a infligé aux groupes pharmaceutiques suisses Novartis et Roche une amende de 182,5 millions d'euros « pour avoir tenté d'empêcher l'usage du traitement oncologique Avastin pour soigner une grave maladie oculaire », rapportait Reuters à l’époque dans l'article "Novartis et Roche mis à l'amende en Italie pour entente".  

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