Douleur, sois sage, ô ma souffrance…

Un petit clin d’oeil introductif à Charles Baudelaire : « Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille« , on a tous en tête ce vers extrait du sonnet  « Recueillement » (issu des Fleurs du mal – 1857), où le poète s’adresse, en la tutoyant, à sa « Douleur », faisant d’elle une compagne et une confidente.

Douleurs et souffrances accompagnent bien souvent de manière lancinante la maladie. Avec des intensités très variables, certaines douleurs pouvant parfaitement être jugulées par des médicaments en vente libre, en premier lieu le paracétamol.

Mais des accidents ou des interventions chirurgicales ainsi que certains traitements induisent des douleurs violentes, parfois intolérables et des souffrances psychiques aussi ravageuses que les douleurs physiques. Que peut la médecine ?

Depuis la loi du 4 mars 2002, fini le temps où la douleur est une conséquence inéluctable du déroulement de la maladie qui doit être intégrée au processus thérapeutique, avec une valeur morale rédemptrice. Le traitement de la douleur est maintenant un droit du patient :

« Toute personne a le droit de recevoir des soins visant à soulager sa douleur. Celle-ci doit être en toute circonstance prévenue, évaluée, prise en compte et traitée.» (article L1110-5 alinéa 4 du code de la santé).

Entre ce principe fondamental et la réalité, il y a hélas des écarts souvent très importants.

En médecine de ville, les médicaments disponibles en pharmacie d’officine que le médecin peut prescrire comportent une gamme limitée de produits. Les contraintes d’utilisations sont très importantes, en particulier pour les antalgiques, le médecin devant refaire une prescription pour tout changement de dose de morphine, seulement disponible en patchs et pas en pompe à morphine. De plus, le traitement des douleurs importantes implique la mise en œuvre de compétences qui ne sont pas nécessairement celles du praticien de ville.

Des centres anti-douleurs ont été créés dans beaucoup d’hôpitaux. Leur compétence est excellente mais leur accès est laborieux à cause des délais importants pour obtenir une consultation. Or la douleur est parfois insupportable et implique une intervention rapide.

En cas d’hospitalisation, le médecin et l’infirmière doivent obligatoirement prendre en compte douleurs et souffrances. Les produits et dispositifs accessibles en pharmacie hospitalière sont efficaces, mais hélas des cas non-négligeables existent de douleurs résistantes aux traitements. Tout manquement à ce devoir peut entraîner une plainte du patient, en y associant les représentants d’usagers de l’établissement.

En fin de vie, le tableau est plus complexe. À domicile ou en EHPAD, sauf intervention d’une équipe mobile ou d’un réseau de soins palliatifs en appui au médecin traitant, la prise en charge efficace des douleurs n’est pas possible. Une alternative est l’hospitalisation à domicile (HAD), structure sanitaire qui développe actuellement les soins palliatifs et qui dispose de tout l’arsenal des dispositifs anti-douleur de l’hôpital. À condition qu’une prescription d’HAD soit faite par le médecin traitant et qu’une convention ait été signée entre l’EHPAD et l’HAD… Encore faut-il des places HAD disponibles là où habite le patient.

Les douleurs réfractaires existent, même avec des traitements utilisant les produits les plus puissants, tel l’Hypnovel. Les services de soins palliatifs peuvent alors, dès maintenant, mettre en œuvre une sédation profonde et prolongée, qui est un endormissement irréversible jusqu’au décès. Cette disposition est justifiée dans la loi du 22 avril 2005, par le double effet. Mais ce protocole, qui est la mesure phare de la proposition de loi Claes Leonetti en débat au Parlement, implique une prise en charge hospitalière. C’est-à-dire une médicalisation de la fin de vie.

 

Daniel CARRÉ

Secrétaire général et Administrateur du Collectif Interassociatif sur la Santé (CISS), en charge du secteur Santé et Vieillissement, et délégué national de l’Association pour le Droit de mourir dans la dignité (ADMD).

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