Impact des pesticides en agriculture sur la santé humaine et animale

Les pesticides à nouveau en ligne de mire

Greenpeace a publié la semaine dernière un rapport alarmant sur l’impact sanitaire des pesticides utilisés en agriculture. Ce travail s’appuie sur une revue de la littérature scientifique récente qui a porté sur près de 200 publications de premier plan. Fort de cette analyse, l’organisme appelle les pouvoirs publics à retirer ces produits du marché, en commençant par les plus dangereux et à repenser nos modes de production agricole.

« La seule façon sûre de réduire notre exposition à ces substances toxiques est d’évoluer vers un modèle agricole durable. »

Photo portrait de la chargée de campagne agriculture Greenpeace

Questions à Suzanne Dalle, chargée de campagne agriculture chez Greenpeace. 

Quelles sont les différentes sources d’exposition pour l’homme ?

Les pesticides constituent l’une des composantes d’un lourd fardeau toxique que nous portons au quotidien, par le biais de plusieurs voies d’exposition. L’air que nous respirons en contient aussi bien en zone agricole qu’urbaine, pendant et après pulvérisation. Les pesticides sont également présents dans l’eau que nous buvons ou la nourriture que nous consommons. On en retrouve ainsi dans les fruits et légumes, mais aussi dans le poisson et dans les produits animaux. Le lait et les produits laitiers contiennent également de nombreuses substances en raison de la bioaccumulation et du stockage des pesticides dans les tissus graisseux des animaux. L’alimentation est la principale source d’exposition des personnes qui ne travaillent pas dans des exploitations agricoles ou horticoles et ne vivant pas à proximité. Enfin, on retrouve les pesticides dans les poussières ou les produits utilisés à la maison et dans le jardin.

Que sait-on des risques pour la santé que présentent ces produits ?

La compréhension scientifique des conséquences pour la santé humaine et des mécanismes d’action des pesticides ont rapidement progressé ces dernières années. Des études ont mis en évidence des liens entre l’exposition aux pesticides et le risque accru de troubles du développement, de déficiences immunitaires, de certains cancers (poumon et prostate notamment) ou encore de détériorations des fonctions neurologiques. Rappelons quand même sur ce dernier point que, depuis 2012, les pouvoirs publics reconnaissent le lien existant entre l’utilisation de pesticides et la survenue de la maladie de Parkinson (pour plus de détails, lire cette enquête publiée dans Le Monde, ndlr). La compréhension des mécanismes participant au développement de ces différentes pathologies demeure incomplète. On sait néanmoins que des phénomènes de perturbations génétiques entrent en jeu et peuvent perdurer à travers les générations. En d’autres termes, les impacts négatifs de l’utilisation de pesticides se posent sur le long terme, même après l’interdiction de certaines substances.

Certaines populations sont-elles plus à risque que d’autres ?

Les agriculteurs et les personnes chargées d’appliquer les pesticides sont en première ligne. Cette exposition sur le lieu de travail a été clairement mise en évidence par des analyses sanguines et capillaires. Les enfants, dont l’organisme ne présente qu’une faible capacité de métaboliser les toxiques, constituent également une population particulièrement à risque (voir l’article de 66 Millions d’Impatients d’avril 2014 sur l’alerte lancée par Générations Futures sur l’exposition de nos enfants aux pesticides). De même que les fœtus dont le développement peut être perturbé via les substances présentes dans l’organisme de la mère. Les femmes enceintes (ou allaitantes) sont donc invitées à être particulièrement vigilantes. Chez les enfants exposés à des taux élevés de pesticides in utero, différents impacts ont été observés, tels que le retard du développement cognitif, des effets comportementaux et des malformations congénitales. Une corrélation forte a également été mise en évidence entre l’exposition aux pesticides et l’incidence de la leucémie chez l’enfant.

Comment le citoyen peut-il se prémunir des effets des pesticides ?

A titre individuel, les consommateurs qui souhaitent réduire l’exposition aux pesticides doivent privilégier le recours à des produits issus de l’agriculture biologique. Les études montrent par ailleurs qu’en épluchant les fruits et les légumes, ou en les faisant cuire, on peut de façon significative diminuer la présence de pesticides et le risque d’en ingérer. Attention, dans certains cas la préparation peut au contraire concentrer les niveaux de substances toxiques. Ces bonnes habitudes ne permettent toutefois pas d’éliminer les nombreuses autres sources auxquelles nous sommes quotidiennement exposés. 

Quelles actions mettre en œuvre afin de réduire la présence des pesticides dans notre environnement ?

La seule façon sûre de réduire notre exposition aux pesticides est d’évoluer vers un modèle agricole durable. Cette transition doit s’appuyer sur des instruments juridiquement contraignants pour interdire sans délai tous les pesticides toxiques, à la fois au niveau national et international. Elle doit également s’appuyer sur une réorientation des dépenses publiques liées à la recherche et à l’accompagnement des agriculteurs afin de favoriser des pratiques agro-écologiques.

La transformation radicale de notre approche de l’agriculture passe par l’abandon du modèle agricole industriel, qui se caractérise par une dépendance envers les intrants chimiques, au profit d’une agriculture écologique qui, si elle était déployée à grande échelle, permettrait de nourrir la population tout en préservant les écosystèmes. L’agriculture écologique est la seule solution moderne et efficace pour l’agriculture de demain, car elle exclut l’utilisation de produits chimiques toxiques et garantit aux populations une alimentation saine et sûre.

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