Selon une enquête réalisée en septembre dernier,sur une base de 15 000 produits de beauté-hygiène, par Noteo Institut en partenariat avec le Réseau Environnement Santé (RES), près de 40% des produits de beauté-hygiène contiendraient au moins un perturbateur endocrinien, une molécule qui perturbe le fonctionnement hormonal de l’organisme. Parmi ces perturbateurs endocriniens figurent en première place les parabènes (23%).

Les parabènes ou parabens (PARAoxyBENzoateS) sont des substances synthétisées à partir d’un composé chimique, l’acide parahydroxybenzoïque. On les trouve aussi à l’état naturel dans de nombreux fruits et légumes ainsi que dans certains fromages et produits issus de l’apiculture.

Du fait des propriétés antibactériennes et antifongiques de leurs molécules, ils sont régulièrement utilisés comme conservateurs dans les aliments, les boissons, les cosmétiques et les produits pharmaceutiques. Leur première utilisation en tant que conservateur remonte aux années 1920. A l’origine, les parabènes sont apparus pour remplacer d’autres conservateurs : les formaldéhydes trop dangereux, et dont l’usage dans les cosmétiques est désormais restreint aux vernis à ongle (lire notre article sur le formaldéhyde).

Actuellement, l’industrie utilise principalement 6 sortes de parabènes dont on retrouve trace sur les étiquettes des produits sous leur nom scientifique ou sous leur code additif :

Nom scientifique Nom du parabène Code additif
Paraoxybenzoate de méthyle Methylparabène E218
Paraoxybenzoate d’éthyle Ethylparabène E214
Paraoxybenzoate de propyle Propylparabène E216
Paraoxybenzoate de butyle Butylparabène
Paraoxybenzoate d’isobutyle Isobutylparabène
Paraoxybenzoate d'isopropyle Isopropylparabène

Parabènes et cancer du sein: le principe de précaution

C’est l’étude du Dr Philippa Darbre qui a grandement participé à lancer la controverse sur les parabènes. En 2004, ses conclusions indiquaient une relation entre parabènes et cancer du sein. Largement médiatisée, cette étude n’a cependant jamais confirmé de lien direct entre parabènes et cancer. L’Agence nationale de Sécurité du Médicament des produits de santé (ANSM) admettait pourtant que « des études in vitro sur des modèles cellulaires avaient mis en évidence les propriétés œstrogéniques des parabens qui pourraient expliquer l’augmentation de l’incidence des tumeurs cancéreuses du sein ».

Plus récemment, une étude menée par des chercheurs britanniques de Reading et South Manchester en 2012 révèle, sur les 160 échantillons de tissus cancéreux prélevés, qu’une forme du parabène était présente dans 99% des cas. Cinq formes différentes de ce composé étaient même détectées dans 60% des tissus analysés. Cependant comme le conclut leur étude : « Le fait que les parabènes ont été détectés dans la majorité des échantillons de tissu provenant de la poitrine ne signifie pas qu’ils ont directement causé le cancer du sein des 40 femmes qui ont participé à l’étude. Cependant, le fait que les parabènes étaient présents dans autant d’échantillons justifie que l’on mène de plus amples recherches ». D’autre part, ces résultats sont susceptibles d’être soumis à caution dans la mesure où il n'y a pas de comparaison avec les tissus mammaires de femmes en bonne santé.

Risques cutanés et allergies

Une étude japonaise a montré que le methylparabène, appliqué sur la peau à une concentration telle qu'on le trouve dans les produits cosmétiques, accélérait le vieillissement cutané si la peau était exposée au soleil. Concernant les allergies potentielles, les parabènes sont soumis à de nombreux tests au niveau européen. Malgré cela, de nombreux cas d’allergies comme les dermatites de contact ont été relevés. Cependant, il est important de noter que de nombreux produits naturels (noix et autres huiles essentielles) sont tout autant voire plus allergisants.

Une activité oestrogénique ?

Des travaux menés sur de jeunes animaux ont ainsi permis de constater qu’à des doses auxquelles nous sommes susceptibles d’être exposés, le propylparabène peut affecter plusieurs paramètres qui induirait notamment une baisse de la production de spermatozoïdes. A contrario, même à dose très élevée, le méthyl- et l’éthylparabène ne semblent pas avoir d’incidence sur les hormones et les organes reproducteurs. Cependant, l’effet œstrogénique des parabènes est infime, ils sont rapidement éliminés par l’organisme et les doses journalières autorisées cent fois inférieures à celles auxquelles on constate des effets délétères chez les animaux. Consécutivement à ces résultats, l’EFSA (European Food Safety Authority) avait émis un avis sur la sécurité de l’utilisation du propylparabène dans les produits alimentaires.

La nouvelle réglementation des parabènes

L’usage des parabènes dans les produits cosmétiques, longtemps réglementé par la directive européenne 76/768/CE, est régi depuis juillet 2013 par le Règlement (CE) n°1223/2009. L’annexe V dudit règlement inclut les parabènes dans les conservateurs autorisés. Leur concentration maximale d’utilisation est fixé à 0,4 % pour un seul parabène et à 0,8% dans le cas d’un mélange de parabènes.

La restriction était à l'ordre du jour depuis plusieurs mois, après les avis convergents du Comité scientifique européen en charge de l'évaluation de la sécurité des ingrédients cosmétiques. Elle prend depuis avril 2014 force de loi, avec la publication du règlement 358/2014, qui vient modifier le Règlement « cosmétiques ». À la clé, 4 parabènes sont interdits d’utilisation dans les produits cosmétiques : l’isopropylparabène, l’isobutylparabène, le phenylparabène et le pentylparabène.

Eviter l’effet cocktail

Comme le résume André Cicolella, président du Réseau Environnement Santé (RES), « le problème, c’est qu’il faut raisonner autrement que par l’effet/dose de la toxicologie classique. De faibles doses de perturbateurs endocriniens peuvent avoir des effets plus importants que de fortes doses. Surtout, on continue à mener des expériences substance par substance, alors que notre organisme est soumis à l’action conjuguée de milliers de produits. On ne sait pas mesurer l’effet sur la santé de ces toutes petites quantités qui s’additionnent ». Il s’agit donc d’éviter l’effet cocktail tout d’abord, en prenant le temps de décrypter les étiquettes et en privilégiant autant que faire ce peut les produits d’hygiène-beauté « bio » dont la présence de perturbateurs endocriniens semble être largement contenue.

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