Cabines de téléconsultation et SNCF : les acteurs commerciaux déraillent et veulent aussi leur part du gâteau !

C’est officiel ! La SNCF a créé la surprise en annonçant par voie de communiqué de presse le 17 novembre un partenariat avec la société Loxamed pour équiper près de 300 gares d’espaces de téléconsultation dans les prochaines années. Il n’en a pas fallu beaucoup plus pour que d’autres acteurs s’engouffrent dans la brèche comme Michel-Edouard Leclerc qui assurait vouloir lui aussi installer des cabines dans ses supermarchés sur Sud-Radio il y a quelques jours.

Après nos précédentes alertes concernant les abonnements de téléconsultation et la publication de notre « manifeste pour faire de la télémédecine un vecteur d’accès aux soins pour tous » en septembre, France Assos Santé continue de défendre une télésanté au service réel des usagers. Nous nous associons donc aux inquiétudes formulées dans les médias par le Conseil National de l’Ordre des Médecins, le président président de la Conférence nationale des présidents d’Unions Régionales des Médecins Libéraux ou encore par le ministre de la santé et de la prévention Aurélien Rousseau.

Que prévoit la SNCF en détail ?

L’installation des futures cabines de la marque Loxamed, qui prendront la forme de containers équipés et disposés sur les espaces extérieurs des gares dans un premier temps, sera mise à disposition des pouvoirs publics nous promet-on. Ces installations concerneraient uniquement les zones dites zones d’intervention prioritaires (ZIP) et les zones d’aménagement concerté (ZAC) moins dotées médicalement.

Ces lieux auront aussi vocation à proposer la vente d’autres produits type parapharmacie, produits de première nécessité, couches, lait infantile, etc. Le projet précise que des infirmiers assureront systématiquement un accompagnement aux téléconsultations sur place, mais que les médecins derrière l’écran ne seront pas forcément ceux du territoire.

Comment seraient financées ces installations ?

Collectivités locales et Agences Régionales de Santé sont invitées à se saisir de cette opportunité pour financer ces espaces de téléconsultation, dont le modèle économique reposera sur leurs subventions publiques et la vente des produits associés. Nous mettons en garde élus locaux et collectivités concernant le coût de ces installations et les résultats concrets pour l’accès aux soins. Loxamed détaille notamment dans sa communication que les 250 solutions déployées précédemment par la société ont en 3 ans été utilisés par 10 000 patients. Quand on connait le coût habituel de ces installations (plusieurs dizaines à centaines de milliers d’euros), avec 40 patients en moyenne par service sur 3 ans, le compte n’y est pas pour les finances publiques !

Nous appelons donc les élus locaux à la responsabilité et à ne pas céder aux sirènes de l’électoralisme, alors que cet argent utilisé ailleurs peut réellement servir l’accès aux soins. Par exemple en privilégiant la mise en accessibilité de locaux pour les services publics et le soutien à l’exercice coordonné, notamment via le financement direct des CPTS (communautés professionnelles territoriales de santé) et des MSP (maisons de santé pluriprofessionnelles) pour construire des projets territoriaux de télésanté.

Evitons le mélange des genres ! Pas de black-Friday sur l’accès à la santé

S’il est utile de rappeler que certaines gares accueillent déjà dans leurs locaux des pharmacies ou des laboratoires d’analyse médicale, ces lieux de santé sont strictement sous l’autorité et la responsabilité des professionnels de santé (médecin ou pharmacien) sans lien financier avec la SNCF autre que les dépenses foncières et locatives des lieux. En mélangeant sans cadre déontologique ventes de produits, disponibles en pharmacie par ailleurs, et plateforme de téléconsultation la SNCF fait fausse route.

France Assos Santé émet des demandes fortes :

  • Que chaque projet d’installation de cabines de téléconsultation soit concerté véritablement avec l’ensemble des acteurs territoriaux de santé (notamment ARS, professionnels de santé et organisation coordonnées). La SNCF nous promet d’essayer, mais les expériences passées et les effets d’annonces jusqu’alors ne sont en aucun cas rassurants.
  • Ne pas implanter de cabines de téléconsultation dans des lieux à visée commerciale ou n’étant pas tenues par un professionnel de santé. En dehors des pharmacies et cabinets médicaux et paramédicaux et établissements de santé, l’installation dans des locaux de mairie ou d’inclusion numérique, dédiés au service public mais sans activité commerciale nous semble adaptée.
  • Privilégier les projets territoriaux menés, confiés ou en association avec les CPTS et MSP, pour assurer un parcours coordonné aux patients, essentiel dans le cas des soins non-programmés qui sont visés par ce partenariat et répondre aux besoins actuels des patients : avoir un médecin traitant, avoir une continuité des soins, être orienté vers l’offre de santé de son territoire efficacement quand nécessaire.

L’arrivée de la SNCF dans le champ de l’accès à la santé est donc un pas de plus vers une financiarisation de l’accès aux soins, une tendance dénoncée par l’Assurance maladie et contre laquelle France Assos Santé se bat elle aussi.

Nous appelons donc l’ensemble des acteurs à la plus grande vigilance dans leur implication dans ces projets que nous ne voyons pas plus d’un bon œil que dans les supermarchés qui souhaitent vivement emboiter le pas à la SNCF.

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