Le médicament Lévothyroxine, contre les dérèglements de la thyroïde, serait le 2e médicament le plus vendu en France. Vraiment ?

Cancer de la thyroïde et Tchernobyl : pas de lien avéré en France

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, l’augmentation des cas de cancers de la thyroïde en France n’est pas liée à l’accident de Tchernobyl et à ses retombées radioactives qui ont traversé le territoire du 30 avril au 5 mai 1986. Tel est le constat d'une étude que l’Institut de veille sanitaire (InVS) publie le 26 avril 2016 et que 66 Millions d'IMpatients s'est procuré. Revue des arguments…

Dans un numéro spécial du bulletin épidémiologique hebdomadaire à paraître demain, l’institut de Veille sanitaire (InVS) fait le point sur ce qu’on sait du lien entre l’augmentation des cas de cancers de la thyroïde en France et l’accident de Tchernobyl survenu le 26 avril 1986.

Le nombre de ce type de cancers s’est effectivement accru au cours des trois dernières décennies. Les données présentées par l’InVS portent sur 7 départements pour une durée allant de 1982 à 2012. Sur les 4 premières années de cette période, le nombre de cancers de la thyroïde relevé dans cet échantillon de la population s’est élevé à 687 contre 3437 de 2008 à 2012.

Une explosion… des cas de cancers de la thyroïde

Autre indicateur : la consommation de lévothyroxine, un médicament utilisé dans le traitement des troubles de la thyroïde, le cancer notamment, est passée de 1,56 millions d’unités en 1985 à 36,95 millions d’unités en 2015, selon les données que 66 Millions d’IMpatients s’est procuré auprès de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).

L’explosion du réacteur de Tchernobyl est le plus grave accident nucléaire jamais survenu. A proximité du site, il a généré une recrudescence nette de la maladie chez les enfants exposés aux radiations, du fait notamment de la consommation d’aliments contaminés. L’incidence du cancer a augmenté d’un facteur 100 au nord de l’Ukraine, au Sud de la Biélorussie et dans les régions limitrophes de Russie, estime la Société française d’endocrinologie (SFE).

En France, le niveau d’exposition à la radioactivité a été beaucoup moins fort, de 100 à 1000 fois moindre, ce qui peut expliquer que le lien entre l’accident nucléaire et l’augmentation des cas de cancer de la thyroïde ne puisse être établi ici. « Les calculs, indique l’InVS, ont montré que le nombre de cas attribuables aux retombées de l’accident se situait très probablement à l’intérieur de la fourchette de variabilité du nombre de cas survenant spontanément ». Autrement dit, si l’accident a eu une incidence sur la survenue de nouveaux cas de cancer, celle-ci est tellement minime que les données statistiques dont on dispose ne permettent pas de la mettre en évidence.

Une recrudescence attribuable à une meilleure surveillance

Autre argument mis en avant par les experts de l’InVS : les régions affichant les taux les plus élevés de cancers de la thyroïde ne se superposent pas à celles ayant subit les plus fortes retombées radioactives. A l’inverse, des zones peu touchées par les radiations peuvent présenter une incidence élevée de la maladie. C’est le cas par exemple de la Gironde ou de la Loire-Atlantique.

La SFE rappelle par ailleurs que l’accroissement des cas de cancer « a été constaté dès 1975 et que son taux ne s’est pas majoré après 1986 ». La société savante pointe enfin que cette augmentation est observée dans toutes les régions du monde.

Pour l’InVS, l’augmentation des cas de cancer de la thyroïde en France (et ailleurs dans le monde) est attribuable « à l’évolution des pratiques de diagnostic, hypothèse renforcée par l’observation d’une incidence plus forte dans les populations les plus consommatrices de soins. Ces pratiques ont effectivement beaucoup changé ces dernières années : la glande thyroïde est mieux surveillée, notamment lors d’examens réalisés au niveau de la région cervicale pour d’autres indications, et les technologies utilisées sont de plus en plus performantes ».

Quelle exposition en France ?

Selon les données de l’Institut de radioprotection et de sureté nucléaire (IRSN) dont le quotidien Le Monde s’est servi pour produire une animation de la progression du nuage radioactif suite à l’accident, celui-ci a atteint la France le 30 avril 1986 à 13h00 en Rhône-Alpes et en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Le 1er mai à 8h00, le nuage radioactif envahissait la quasi totalité de la France à l’exception du quart Sud Ouest et d’un espace situé au dessus d’une ligne allant de Nantes à Charleville-Mézières. Le 5 mai au matin la France était débarrassée de la radioactivité de Tchernobyl. Les départements de l’est du territoire sont ceux qui auront été le plus exposés.

Plus de cancers mais autant de décès

En 2015, le nombre de nouveaux cas de cancer de la thyroïde détectés en France s’est élevé à 2 783 chez les hommes et 7 317 chez les femmes. Cette même année, 143 hommes et 215 femmes en sont décédés.

Selon l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), « plus de 50 % de la population adulte en France est porteuse de nodules thyroïdiens asymptomatiques, repérables uniquement à l’échographie, dont seulement 5 % correspondraient à des cancers ».

L’incidence de ce type de cancer est plus élevée chez les femmes que chez les hommes, surtout entre 30 et 50-60 ans. L’ANSM rappelle que la survie à 10 ans reste excellente pour ce type de cancer et que le nombre d’environ « 400 décès annuels est stable depuis des décennies ».

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