Cigarette électronique : dans la ligne de mire du législateur

Les fumeurs l’ont massivement adoptée et ne tarissent pas d’éloges sur son efficacité. La directive européenne qui vient d’être adoptée impose à la profession de lourdes contraintes menaçant de mettre à mal la filière. Pour le bien des utilisateurs ?

C’est peu de dire qu’elle fait un tabac. La cigarette électronique connaît depuis deux ans un essor impressionnant dans l’Hexagone. « Entre huit et neuf millions de Français l’auraient déjà essayée et de un à deux millions l’utiliseraient quotidiennement », estimait en février dernier l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), s’appuyant sur les résultats d’une enquête menée fin 2013 auprès de 2000 personnes.

Toujours selon l’OFDT, en janvier 2014, les ventes de cigarettes et de tabac à rouler ont reculé de 11 % par rapport au mois de janvier 2013. Dans le même temps, les ventes de traitements pour l’arrêt du tabac « ont aussi très nettement diminué » (plus de 20 %), selon l’OFDT.

Idem pour l’activité des consultations de tabacologie qui enregistre un net recul, avec 11 % de patients en moins en janvier 2014 par rapport au même mois l’année précédente. Pour les auteurs de cette étude, il ne fait aucun doute que la cigarette électronique explique, du moins en partie, cette apparente contradiction.

Près de deux millions d’utilisateurs réguliers

« J’ai commencé à fumer à 15 ans pour faire comme tout le monde, témoignait le 4 mars Anne, une auditrice de France Inter au micro du « Téléphone sonne ». Je pensais que c’était simple d’arrêter, que je ne serais pas addict. Mais quand arrive la première grossesse on se dit que finalement c’est très difficile de décrocher. »

Après une deuxième, puis une troisième grossesse, Anne n’avait toujours pas arrêté. « A 50 ans, j’ai eu l’impression d’être allée vraiment trop loin. Pas vraiment par envie, plus pour tester et puis sous la pression familiale, j’ai essayé l’e-cigarette. Ça a marché du jour au lendemain sans manque et sans souffrance, alors que j’avais tout essayé avant : les gommes, les patchs, le Champix, l’hypnose… ».

Les témoignages comme celui-ci fleurissent sur la Toile ou dans les médias. On ne peut que s’en réjouir. Première cause de décès évitable, le tabac tue en France chaque année environ 70 000 personnes. En dépit de ce risque, parfaitement connu et documenté, les fumeurs continuent de dépenser des sommes de plus en plus importantes pour s’empoisonner.

La faute à l’absence de méthodes de sevrage véritablement efficaces. Exemple avec les traitements de substitution à la nicotine (patchs, gommes, etc.) qui, d’après la littérature scientifique, permettent à moins de 10 % des accros à la nicotine qui essayent d’arrêter d’y parvenir effectivement.

« La cigarette électronique connaît un tel succès parce qu’elle apporte au fumeur la dose de nicotine dont il a besoin sans qu’il ait à se priver du plaisir de porter l’objet à sa bouche et d’aspirer de la fumée », explique Jacques Le Houezec, spécialiste de la dépendance au tabac, régulièrement consulté sur le sujet par les pouvoirs publics.

Une bouée de sauvetage pour nombre de fumeurs

Sans souffrance, donc… et en toute sécurité ? Les risques que présente l’utilisation de ce nouveau dispositif sur le long terme restent à préciser. Une chose est certaine, les études dont on dispose déjà montrent que les quantités d’éléments toxiques retrouvés dans les vapeurs de l’e-cigarette sont très nettement inférieures à celles issues de la combustion du tabac.

La plus sérieuse à ce jour, publiée en mars 2013, porte sur 12 cigarettes électroniques. Ses résultats montrent des taux d’émissions toxiques de « 9 à 450 fois inférieurs à ceux présents dans la fumée de cigarette, la plupart du temps à l’état de traces », concluent ses auteurs.

« Fumer, c’est un peu comme prendre l’autoroute à contresens. Vapoter, c’est rouler à 140 km/h au lieu de 130 km/h », renchérit Bertrand Dautzenberg, pneumologue à La Pitié-Salpêtrière et président de l’Office français de prévention du tabagisme (OFT).

A l’image de Bertrand Dautzenberg, la communauté médicale, au départ assez réservée, semble aujourd’hui avoir adoptée une position plus pragmatique : « quand l’e-cigarette est arrivée sur le marché, je me suis d’abord montrée méfiante », témoigne une tabacologue rencontrée au salon Vapexpo qui s’est tenu à Bordeaux du 13 au 15 mars dernier (lire par ailleurs notre compte rendu de l’événement).

« Notre objectif, poursuit-elle, est avant tout le sevrage, or la cigarette électronique ne guérit pas de l’addiction bien au contraire puisqu’elle la maintient ». Depuis, la facilité avec laquelle certains de ses patients sont parvenus à arrêter de fumer grâce à cet étrange appareil l’a convaincue. « Il m’arrive de plus en plus fréquemment de conseiller aux fumeurs que je vois en consultation de l’essayer ».

Un marché dans l’attente d’une réglementation

Avec « seulement » deux millions d’utilisateurs réguliers, pour un total de fumeurs évalué à environ 15 millions, le marché est loin d’être saturé. Inutile de dire que du côté des fabricants de cigarettes électroniques et d’e-liquide on se frotte les mains. « C’est clair que le marché est porteur », témoigne l’un d’entre eux qui revendique une croissance de l’activité à deux chiffres.

Reste pour les acteurs du secteur un nouveau défi à relever avec l’adoption le 26 février dernier par le parlement européen d’une directive prévoyant d’encadrer drastiquement la vente de cigarettes électroniques.

Interdiction de publicité, limitation des quantités de nicotine et surtout obligation de dépôt d’un dossier d’autorisation six mois avant la commercialisation de tout nouveau produit… Les nouvelles règles adoptées par les parlementaires européens modifient considérablement la donne pour les fabricants.

Sans compter qu’ils seront désormais tenus d’indiquer aux autorités des Etats membres où ils souhaitent commercialiser leurs produits, la liste exhaustive non seulement des ingrédients contenus dans les e-liquides (information déjà disponible sur l’emballage des flacons de liquide) mais aussi dans les vapeurs dégagées.

Une disposition qui contraint les fabricants à mettre en œuvre une batterie de tests compliqués et coûteux. Pour chacun des ingrédients émis, la directive leur impose par ailleurs de fournir les données complètes de toxicologie.

Les vapoteurs en colère mettent la pression

Ces mesures, les adeptes de l’e-cig ne les goûtent que très modérément. Leur crainte : qu’elles nuisent par trop à son développement en limitant les innovations, la diversité des produits ou encore le choix des liquides. En novembre 2013, inquiets de la tournure que prenaient les événements, l’Initiative européenne pour le libre vapotage, un collectif de vapoteurs européens, appelait les fumeurs d’e-cigarettes à se mobiliser en ligne contre la directive européenne.

Objectif pour les initiateurs de cette démarche : atteindre un minimum d’un million de signatures dans les 28 Etats membres (avec un nombre plancher dans chacun d’entre eux, 55 500 en France par exemple) afin d’obtenir l’opportunité de rencontrer les membres de la Commission au parlement et de soutenir leur position lors d’une audition publique.

Pour le moment, les vapoteurs sont encore loin du compte. En France, moins de 10 000 signatures ont été obtenues à ce jour. Interrogé lors du salon Vapexpo, Brice Lepoutre, président de l’Association indépendante des utilisateurs de cigarette électronique (Aiduce), indiquait son intention de ne pas en rester là et promettait dans les prochaines semaines plusieurs actions afin de mobiliser ses troupes. Les vapoteurs ont jusqu’au 25 novembre 2014 pour recueillir le nombre requis de signatures.

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