Quand on s’interroge sur sa consommation d’alcool, vers qui se tourner ?

Prendre du recul et faire le point sur sa consommation d’alcool est une démarche bénéfique. Et c’est l’un des objectifs du Défi de janvier ! En cas de doute sur sa consommation – sans parler de véritable alcoolisme – où trouver de l’aide ? Faire un autotest en ligne, oser en parler avec son médecin traitant ou chercher du soutien auprès des associations dédiées sont des démarches efficaces.

17 millions de Français l’ont fait en 2025 ! Et cette année, la participation s’annonçait également élevée, avec un Français sur deux consommant de l’alcool se déclarant prêt à s’engager en décembre dernier. Grâce à l’appli Mydéfi, on peut évaluer sa consommation, mais aussi mieux connaître le profil des personnes qui s’engagent : 60 % des utilisateurs sont à risque faible, 20 % à risque moyen et 20 % à risque élevé, voire très élevé. La mobilisation cible donc tout particulièrement les consommateurs réguliers qui ne souffrent pas de dépendance à l’alcool. « Pour tout un chacun, l’intérêt du Défi de janvier est de s’exposer à sa consommation : est-ce que je suis capable de ne pas boire dans une situation où je le fais habituellement ? si oui, est-ce que je ressens un manque ? et les jours suivants, est-ce que je me sens mieux ou moins bien en ne buvant pas ? Cela permet d’évaluer l’effet de l’alcool sur moi et de repérer une éventuelle dépendance », souligne Philippe Castera, professeur de médecine générale et vice-président de la Société française d’alcoologie et d’addictologie (SF2A), partenaire du Défi de janvier.

Comment identifier une consommation problématique ?

Rappel utile : il n’y a pas de consommation d’alcool sans risque ! Le niveau de risque est juste plus ou moins élevé. Néanmoins, Santé publique France a défini un seuil de risque « acceptable », sous la forme d’un nombre de verres d’alcool standard. Ce repère est fixé à 10 verres d’alcool standard par semaine maximum, sans dépasser 2 verres par jour et avec au moins 2 jours dans la semaine sans consommation.

Pour rappel, voici les verres standard :

Au-delà du nombre de verres, nos comportements peuvent être des signaux d’alerte très utiles, selon Philippe Castera. « Comme je l’explique à mes patients, dès que quelque chose va moins bien dans sa vie (problèmes de couple, au travail, etc…) la première chose à interroger est sa consommation d’alcool. Car c’est très souvent dans ces moments-là qu’on se met à boire plus ! » Autre signe d’alerte : si on commence à avoir plus de problèmes relationnels avec son entourage. « Car une consommation excessive est souvent associée à un comportement plus nerveux, plus impulsif, plus colérique », précise le médecin.

Quand faut-il consulter ?

Si un jour on réalise qu’on ne contrôle plus sa consommation, qu’on boit lors d’occasions où on avait pourtant décidé de ne pas le faire, ou qu’on dépasse de beaucoup le nombre de verres qu’on s’était fixé, ce sont des signaux incitant à consulter son médecin traitant pour en parler. « Malheureusement, les personnes qui sont dans cette situation sont souvent dans le déni de leur consommation et ne vont pas aller consulter spontanément. Parfois, c’est l’entourage qui doit insister », décrypte le Pr Castera. Mais est-il facile d’en parler avec son médecin ? Bonne nouvelle : la parole se libère, notamment au sein des jeunes générations. « J’ai 67 ans et j’exerce la médecine depuis un certain temps. Je constate qu’évoquer la consommation d’alcool est plus facile avec les jeunes, qui répondent volontiers aux questions. En revanche, les personnes de mon âge ou plus âgées, qui ont toujours eu l’habitude d’avoir du vin à table, à tous les repas, ne veulent pas trop aborder le sujet… Elles se sentent stigmatisées quand on leur pose des questions », témoigne le Pr Castera, qui suit certaines familles depuis trois générations.

Quelle formation et prise en charge par les généralistes ?

« Le médecin traitant, quand il est en consultation avec n’importe quel patient, est censé l’interroger sur ses consommations d’alcool et autres. Tous les médecins sont formés à ça », indique le Pr William Durieux, président de la branche Formation du Collège national des généralistes enseignants (CNGE).
Après un module « Alcool » enseigné en formation initiale lors des premières années de médecine, les internes suivent des formations centrées sur les situations cliniques rencontrées en stage, dont l’addiction et la précarité notamment. « C’est une bonne base : cette formation apprend aux médecins généralistes à faire du repérage et des interventions brèves, puis à le mettre en pratique », commente le Pr Durieux. En formation continue, de nombreuses facultés de médecine proposent des DU d’Addictologie.

Parmi les obstacles au repérage dans la vraie vie, le rythme de travail très soutenu des généralistes. « Certains médecins sont tellement submergés qu’ils se disent que c’est un interrogatoire qui va prendre trop de temps. Pourtant, une seule question peut suffire à ouvrir le dialogue », pointe le Pr Castera. Autre frein, la résistance des patients aussi. « Même à mon âge (55 ans), il y a encore des patients que je n’arrive pas à faire entrer dans une démarche de soins, raconte le Pr Durieux. J’ai encore des choses à apprendre sur la question de l’alcool, comme tous les médecins ! » En dehors des médecins, d’autres professionnels de santé sont formés et il est possible d’aborder le sujet avec eux. Les sage-femmes sont très impliquées, certaines sont formées à l’addictologie. Les pharmaciens se forment aussi, notamment sur la question des interactions entre médicaments et alcool, ainsi que les dentistes, qui voient très vite les conséquences de la consommation sur la santé bucco-dentaire.

Quel soutien du côté des associations ?

Entraid’Addict, Addictions alcool Vie libre… plusieurs associations de patients, membre du réseau de France Assos Santé, sont mobilisées pour soutenir les personnes qui cherchent de l’écoute et de l’entraide sur ce sujet. Addict’AIDE, le portail soutenu par la Mildeca, propose par exemple de nombreux tests pour faire le point sur sa consommation d’alcool, mais aussi de tabac, de cannabis, de médicaments ou encore de jeux. Faire ce test peut être une bonne entrée en matière. « Le questionnaire AUDIT est souvent proposé. Des études ont montré son efficacité : les personnes qui font ce test ont tendance à réduire leur consommation juste après », indique Laurent Muraro, coordinateur général de la Fédération Entraid’Addict. Cette association propose notamment des accompagnements individuels et des groupes de parole. « Nos bénévoles, qui ont en général été concernés par une addiction, sont formés à l’écoute et à l’accompagnement. Mais attention, cela ne remplace pas un diagnostic, qui doit être fait par un médecin généraliste ou un addictologue. C’est pourquoi nous renvoyons vers les Centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) si besoin », précise Laurent Muraro.

Si les associations sont bien implantées et mobilisées, faire la démarche de s’y rendre spontanément n’est pas si simple. « Les personnes concernées se disent souvent qu’elles ne sont pas alcooliques et n’ont donc aucune raison d’aller dans une association ! Il y a encore une gêne par rapport à ça et une représentation des réunions des Alcooliques anonymes qui inquiète parfois. Ces formats de réunions existent toujours. Cela correspond aux attentes de certaines personnes, mais pas à toutes », témoigne Laurent Muraro, avant d’insister sur le rapport très particulier des Français à l’alcool, qui complique le travail des associations. « Si vous dites que vous avez arrêté le tabac, tout le monde vous félicite. Si c’est l’alcool, tout le monde s’inquiète et vous demande si vous êtes malade ! Le gros intérêt du Défi de janvier est d’aider les personnes qui le souhaitent à oser dire qu’elles ne veulent pas consommer. C’est une forme de liberté retrouvée », encourage-t-il.  

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