Publication de la SNANC : pas de quoi sabler le champagne pour autant !

Après deux ans et demi de reports successifs et un parcours digne d’un feuilleton à rebondissements ubuesques, la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC) a enfin été publiée !

France Assos Santé, au côté d’une coalition d’associations engagées dans les domaines de la santé, de l’environnement et de la solidarité, a tiré la sonnette d’alarme à de nombreuses reprises, tant le risque était grand de voir enterrer une bonne fois pour toute cette stratégie, dont l’objectif est de mettre en cohérence les politiques publiques touchant à l’alimentation des différents ministères (Santé, Agriculture et Transition écologique). A première vue, l’on peut donc se réjouir de cette sortie qui va permettre de débloquer celle du non moins attendu Plan National Nutrition Santé 5.

Néanmoins, lecture faite, pas de quoi se réjouir.

Si nous saluons la reconnaissance officielle des liens entre alimentation, santé et climat, ainsi que l’attention portée à la précarité alimentaire et à la nécessité de garantir à toutes et tous un accès à une alimentation saine et durable, nous ne pouvons que prendre acte des capitulations de la SNANC sur trois enjeux majeurs de santé publique :

  • Sur le marketing de la malbouffe qui cible les enfants, la stratégie renonce à employer le levier réglementaire, laissant les acteurs de l’agro-alimentaires et des médias s’auto-réguler entre eux. L’inefficacité des dispositifs d’auto-régulation en la matière a pourtant été démontrée scientifiquement depuis longtemps…tout autant que l’impact du matraquage de ce marketing sur la santé des enfants chez lesquels l’obésité a été multipliée par 4 en 30 ans et chez lesquels on voit apparaître des diabètes de type2.
  • Sur le sujet de l’alimentation ultra-transformée (AUT), point de crispation qui avait fait échouer sa publication en novembre dernier, la stratégie recule aussi. Là où les études scientifiques s’accumulent pour dénoncer les dangers de ces aliments pour la santé et leurs liens avec l’explosion de maladies chroniques – lire à cet égard la parution récente d’un numéro spécial du Lancet dédié à ce sujet –, la stratégie ne mentionne le mot qu’une seule fois, au détour d’une recommandation appelant à « poursuivre l’expertise sur le sujet des aliments ultra-transformés, notamment la question de leur association avec la santé et les mécanismes explicatifs sous-jacents et à poursuivre les travaux pour arriver à une définition opérationnelle ». Bref, les preuves de la dangerosité de ces aliments s’accumulent, mais il faudra encore attendre, sans calendrier ni objectif opérationnel clairement défini, pour agir alors même que la question des Aliments Ultra transformés préoccupe de plus en plus nos concitoyens.
  • Sur le sujet de la consommation de viande, enfin, la SNANC recule de nouveau. Si elle parle bien de « limitation de la consommation de viande et de charcuterie », elle renonce à tout objectif chiffré qui permettrait de fixer un cap clair sur cet enjeu d’autant plus crucial que 63 % des Français dépassent les quantités maximales recommandées par Santé publique France pour ce qui est de la charcuterie et 32 % pour la viande rouge (bœuf, porc, etc.), et que, par ailleurs, cette surconsommation est associée à un risque accru de maladies non transmissibles : hypertension, maladies cardiovasculaires, diabète de type 2, certains cancers, etc.

Ce triple renoncement est d’autant plus inadmissible qu’elle fait sciemment le choix d’ignorer les recommandations et avis des instances de santé publique, telles que le Haut Conseil de la santé publique, la Conférence nationale de santé ou encore l’Organisation Mondiale de la santé pour donner la primauté aux intérêts des lobbies agro-industriels, au détriment de la santé et (des attentes) des citoyens.

France Assos Santé rappelle que l’épidémie de maladies chroniques liées à l’alimentation est non seulement un drame humain mais pèse aussi de plus en plus lourd sur notre système de santé et de protection sociale comme les débats du PLFSS le rappellent chaque année. Notre système de santé consacre aujourd’hui la plus grande partie de ses dépenses à combattre des maladies que la société génère elle-même. Face à cette urgence sanitaire, les attentes étaient grandes d’une SNANC ambitieuse, accompagnée de mesures contraignantes, de moyens financiers et humains à la hauteur des ambitions affichées, et d’une régulation stricte du secteur agroalimentaire.

Enfin, fruit du « hasard », cette sortie arrive précisément le jour où la pétition citoyenne signée par plus de 2 millions de français l’été dernier contre la loi Duplomb 1 arrive en débat à l’Assemblée nationale. L’occasion de rappeler que, SNANC ou pas SNANC, il n’y aura pas d’alimentation saine et durable dans un système de production agricole intensif en pesticides et engrais de synthèse, qui détruit la biodiversité, pollue l’eau et les sols, et empoisonne les agriculteurs et les consommateurs. France Assos Santé soutient la nouvelle pétition citoyenne pour dire non à la loi Duplomb 2.

France Assos Santé, aux côtés de ses partenaires de la société civile engagés pour une alimentation saine, durable, accessible et choisie, et protectrice des agriculteurs, restera vigilante et mobilisée pour que la SNANC ne reste pas une simple feuille de route, mais devienne un outil concret de prévention des maladies ainsi que de protection de la santé et de l’environnement, suivi d’actions et de résultats, au service de toutes et tous. Pour cela, il est impératif de créer les conditions d’un suivi réel, avec une gouvernance claire et transparente, capable de remobiliser l’ensemble des acteurs. Nous demandons de la transparence et la fin d’un processus qui s’apparente à un « entre-soi ». Nous proposons de confier ce suivi à un collectif disposant d’un mandat précis — par exemple le Conseil national de l’alimentation (CNA) — afin de reconstruire une dynamique fondée sur des constats partagés et une réflexion collective. Sans cela, la SNANC restera un texte de plus qui ne changera rien, là où l’enjeu exige au contraire ambition, cohérence et courage politique.

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