Affaiblir Santé publique France, c’est fragiliser l’expertise sanitaire et la prévention

France Assos Santé exprime sa vive préoccupation face aux récentes décisions de restructuration annoncées par le gouvernement concernant Santé publique France (SPF), ainsi que la mise sous pilotage direct de certaines des missions essentielles de l’agence, comme la prévention et la communication en santé publique, par le ministère de la Santé. Cette orientation stratégique marque un tournant qui risque de compromettre l’efficacité des politiques de santé publique en France.

Créée en 2014 pour regrouper les missions de veille, de prévention, de promotion de la santé, d’intervention et de communication fondées sur les données scientifiques, Santé publique France est aujourd’hui confrontée à un recentrage qui prive l’agence de son autonomie et de son rôle opérationnel dans la prévention et la promotion de la santé. A cet égard, le transfert du pilotage des campagnes nationales de prévention vers l’administration ministérielle est de nature à affaiblir la capacité de l’expertise scientifique indépendante à orienter des stratégies fondées sur des données probantes.

France Assos Santé s’inquiète tout particulièrement :

  • De la remise en cause de l’indépendance scientifique des agences sanitaires, y compris de SPF, au profit de décisions à portée plus politique que sanitaire. Cette évolution pourrait conduire à des campagnes de prévention moins efficaces, moins ciblées, voire contre-productives, comme l’ont déjà dénoncé des acteurs spécialistes de certaines politiques de prévention (alcool, tabac…) ;
  • De la fragilisation de la prévention en santé publique, dont l’impact ne doit jamais être réduit à une simple communication institutionnelle. La prévention repose sur des méthodes éprouvées, des données scientifiques et une connaissance fine des publics – des conditions qui nécessitent de l’indépendance, de l’expertise et une concertation avec les acteurs de terrain ;
  • De l’absence de dialogue structuré avec les associations, les professionnels de santé et les représentants des usagers, alors que la co-construction des politiques de santé est un pilier de la démocratie sanitaire.

Pour France Assos Santé, ces annonces s’inscrivent plus largement dans une tendance de remise en cause du rôle des agences sanitaires. La disparition ou l’affaiblissement de ces structures spécialisées pourrait fragiliser la capacité collective à répondre efficacement aux enjeux de santé de la population.

France Assos Santé rappelle que la prévention ne s’improvise pas : elle nécessite des stratégies construites sur des bases scientifiques solides, associant tous les acteurs concernés et évaluées de manière transparente. Sans le respect de ces conditions, ce sont les populations, et singulièrement les plus vulnérables, qui pourraient payer le prix de campagnes moins pertinentes.

France Assos Santé appelle donc le Gouvernement et le Parlement à :

  • Maintenir l’autonomie scientifique et opérationnelle de Santé publique France, notamment pour ses missions de prévention et de promotion de la santé ;
  • Garantir la co-construction des politiques de santé publique avec l’ensemble des parties prenantes – associations d’usagers, professionnels de santé, chercheurs et collectivités ;
  • Assurer la transparence du processus de restructuration et l’accès public aux rapports et évaluations qui fondent les décisions.

La santé publique est un bien commun : la défendre exige des institutions fortes, indépendantes et pleinement dédiées à la protection de la santé des populations.

Enfin, France Assos Santé s’interroge sur la dissonance entre le « recentrage stratégique »d’une agence dont l’une des missions est de contribuer à diffuser des données scientifiques et des informations vérifiées, et le lancement, mi-janvier, de la Stratégie nationale de lutte contre la désinformation en santé, voulue pour « garantir l’accès à une information fiable […], condition essentielle pour permettre à chacun de faire des choix éclairés en matière de santé », selon les propres termes du ministère de la Santé. Un signal bien moyen…

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