Alcool : « Il ne faut pas hésiter à demander de l’aide »

Alors que certains d’entre nous se sont lancés dans le Défi de janvier, mois de pause dans sa consommation d’alcool après les fêtes, Claire, 42 ans, revient sur ce qui l’a fait plonger dans l’addiction à l’alcool, très jeune. Et ce qui lui a permis d’en sortir, il y a deux ans.

C’est à la toute fin des années 1990, en pleine adolescence, alors qu’elle avait à peine 16 ans, que Claire a bu ses premières bières. « Avec mes cousins, l’été, en Normandie », précise la jeune femme, qui souffrait à l’époque de boulimie et était en surpoids. « Je me suis dit que l’alcool me ferait moins grossir, et sans m’en rendre compte, en se substituant à la nourriture, il est devenu mon principal réconfort. »

Dès le début, la consommation de Claire a été excessive. « Je pouvais donner le change sans boire pendant plusieurs jours, explique-t-elle, mais quand je me lâchais, le week-end en particulier, c’était no limit ! Je buvais en soirée, mais aussi avant la soirée pour me désinhiber… »

Très vite, Claire est consciente de son addiction à l’alcool. « Dès 17 ans, j’ai identifié le problème. Mais personne, autour de moi, ne semblait y prêter attention. Personne n’a cherché à comprendre et personne n’a osé prononcer le mot alcoolisme. » Les années passent. Bon an mal an, Claire poursuit ses études, car elle sait ménager des pauses quand elle doit passer des examens ou assurer au travail. Elle trouve un emploi, se marie, arrête totalement de boire avant et pendant ses deux grossesses, mais bientôt, sa charge mentale de jeune mère de famille la submerge et l’alcool la rattrape : « Une fois les enfants couchés, le soir, quand je ne travaillais pas le lendemain, je sortais les verres ». Son mari laisse faire… de même que le psychologue qu’elle consulte à l’époque pour soigner ses troubles anxieux. « Même si j’ai su très tôt que j’avais un problème, je ne suis malheureusement pas tombée tout de suite sur les professionnels adaptés qui auraient pu m’aider et j’ai perdu du temps. La médecine avait moins de recul qu’aujourd’hui sur la santé mentale… »

Peu après la crise du Covid, une crise conjugale suivie d’un divorce font boire Claire de plus belle. « C’est la descente, je perds pied. J’assure à peu près au travail et avec les enfants mais le soir, je retombe dans l’excès. » Seule, elle prend alors l’initiative d’aller consulter un addictologue et suit une cure pendant six semaines dans un centre spécialisé. Mais elle n’est pas pour autant sortie d’affaire : « C’est un chemin long et difficile, j’ai eu des rechutes violentes… ».

Depuis 2023, pourtant, Claire est sobre. Elle est même devenue patiente-partenaire, experte en addictologie, au sein de l’association Entraid’Addict, pour aider les autres à s’en sortir. Comment y est-t-elle arrivée ? « L’addictologue ne m’a pas lâchée, raconte-t-elle pleine de reconnaissance. Il m’a fait comprendre que l’addiction est une maladie, ce qui a profondément modifié mon regard sur moi-même. J’ai eu un déclic, aussi. Durant l’été 2023, j’ai failli me noyer en Normandie avec l’un de mes fils car nous avons été surpris par le courant. Malgré le danger extrême de la situation, je n’ai pas paniqué et j’ai réussi à nous sauver. A partir de là, j’ai cru en moi. C’est un cap symbolique qui m’a beaucoup aidée dans la lente reconstruction qui a été la mienne. »

Car rien ne s’est fait du jour au lendemain : « J’ai d’abord tenté la consommation contrôlée, explique Claire, mais les excès reprenaient le dessus, j’ai alors décidé d’arrêter complètement. Au début, il a fallu stopper toute socialisation : je ne sortais plus pour ne pas être tentée. Au bout de trois mois, j’ai repris une vie sociale en buvant des softs drinks un peu festifs comme la Ginger beer qui a été mon alliée ».

Aujourd’hui, Claire en est convaincue, son alcoolisme trouvait sa source dans son manque d’estime d’elle-même. Des blessures de deuil et d’abandon, enfant, l’ont insécurisée et conduite, sans qu’elle en ait conscience, à ces excès. « L’alcool a tenu lieu durant toutes ces années d’anxiolytique », résume-t-elle. Aujourd’hui, elle ne boit plus une goutte : « Impossible, car mon cerveau est déréglé pour toujours, mon circuit de la récompense est dysfonctionnel, je suis addict à vie et risque l’excès au moindre verre, donc pour moi c’est « plus jamais », et finalement, je me sens plus libre ! ».

La leçon que Claire retient de ce parcours, c’est évidemment qu’il faut se faire aider, « en parler, oser dire qu’on est addict à l’alcool. Et surtout, trouver la faille : qu’est-ce qui me fait boire, qu’est-ce que je cherche à compenser ou à enfouir ? » De ce point de vue, Le Défi de janvier-Dry January qui incite de plus en plus de monde chaque année à interroger sa consommation et son rapport à l’alcool, lui parait une excellente idée. « Si l’abstinence rend nerveux ou est trop mal vécue, c’est qu’il y a un problème, et c’est important de se l’avouer et d’être pris en charge », souligne-t-elle.  

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