Alors que cette édition 2026 se déroule toujours sans le soutien de l’Etat, une dizaine de collectivités locales y sont associées. Plus qu’un relais de l’opération, elles en sont actrices. À l’image de Grenoble, l’une des pionnières en la matière, et d’Amiens. L’engagement de ces villes en faveur de la normalisation de la non-consommation d’alcool est salué par les associations qui luttent contre les addictions, à l’instar d’Entraid’Addict.
Le soutien officiel de certaines villes au Défi de janvier remonte à 2022, impulsé à l’époque par la municipalité de Grenoble, et partagé ensuite par Lyon, Nantes et Toulouse. « C’était en quelque sorte pour nous, en tant qu’acteurs publics, une façon de répondre à une volte-face du gouvernement, l’agence Santé publique France ayant envisagé de s’engager en 2020 au côté de cette nouvelle opération de santé publique, avant finalement d’y renoncer », explique Pierre-André Juven, adjoint au maire de la cité iséroise, en charge de la santé.
Être partenaire de l’opération en 2026, afin de sensibiliser la population aux dangers de l’abus d’alcool, reste une évidence pour celui qui est aussi vice-président du réseau Villes-Santé : « Nous sommes parmi les plus grands acteurs de la santé publique. Nos compétences en la matière sont colossales : alimentation, prévention, enjeux de mobilité, qualité de l’air… Par ailleurs, la consommation d’alcool n’est pas qu’une question d’ordre privé, elle est aussi politique et sociale au vu de ses répercussions encore fréquentes en ce qui concerne la sécurité routière ou encore les violences faites aux femmes ou aux enfants notamment ». L’engagement d’Amiens, qui a rejoint le mouvement en 2023, prend racine dans le même terreau, mais aussi dans des raisons plus locales. « Nous sommes dans une région, les Hauts-de-France, où le nombre de cancers liés au tabac et à l’alcool est particulièrement élevé. Par ailleurs, avec plus de 30 000 étudiants, nous sommes une ville jeune et festive » précise Bruno Bienaimé, adjoint au maire, en charge de la santé.
De nombreuses actions de prévention
Après une dernière édition marquée par de nombreuses actions de prévention un peu partout dans la capitale historique de la Picardie, dont notamment une conférence de Mickaël Naassila, professeur de physiologie à l’Université de Picardie Jules-Verne, directeur de l’unité Inserm sur l’addiction à l’alcool et président de la Société Française d’Alcoologie et d’Addictologie (SF2A), l’un des soutiens de ce Défi de janvier, Amiens propose cette année encore plus d’opérations de terrain. Informatives mais aussi ludiques, comme, par exemple, des vélos smoothies qui permettent de préparer un jus de fruit tout en pédalant, elles se déroulent en centre-ville mais aussi dans les salles municipales des quartiers prioritaires, à la faculté, dans des lycées… « Notre service santé travaille avec de nombreux partenaires. Il est en quelque sorte une courroie de distribution », note Bruno Bienaimé. À Grenoble, la municipalité laisse la main à ses partenaires (associations, universités…), tout en soutenant leurs initiatives “d’aller-vers” via ses travailleurs pairs en santé. Elle met en place également une campagne de communication grand public sur le Défi, en utilisant ses panneaux municipaux d’affichage et ses réseaux sociaux.
« Les retours des habitants sur notre engagement vis-à-vis du défi sont de tous types. Mais avoir des réactions, c’est déjà le signe de quelque chose qui fonctionne, tant l’alcool occupe une grande place dans notre société. En parler, susciter des retours positifs ou des commentaires contrariés de gens qui pensent que l’on met un secteur, celui des alcooliers, en difficulté est un début », estime Pierre-André Juven, l’élu de Grenoble. Il retient avant tout les réactions de participants qui se rendent compte du nombre important de situations où ils se retrouvent à consommer de l’alcool, par habitude, sans vraiment en avoir envie, du fait d’un environnement ou d’un contexte qui poussent à boire, victimes d’une pression sociale diffuse. À Amiens, les retours de la population sont « globalement positifs malgré quelques réticences », indique Bruno Bienaimé.
« Un partenariat très important »
En revanche, ce soutien de certaines villes au défi ne souffre aucune réserve de la part de l’association Entraid’Addict qui assure une aide et un accompagnement des personnes et des familles en prise avec des conduites addictives, et qui fait partie du collectif associatif à l’origine du Défi de janvier. « C’est un partenariat très important, incontournable même, juge Olivier Lallement, administrateur national de cette fédération d’associations départementales, en charge des réseaux. Ces villes font de la politique de proximité, elles ont un rôle à jouer en termes de prévention en santé, surtout au vu du coût social des addictions en France : 260 milliards d’euros par an dont 102 milliards concernant l’alcool ! »
Au-delà de s’associer à cette opération ponctuelle, mener une politique dans le champ de la prévention et de la réduction des risques notamment liées à l’alcool est une volonté au quotidien pour Grenoble et Amiens. Pour la métropole iséroise, elle réside entre autres dans l’existence d’un pôle municipal dédié et dans le bannissement de toutes boissons alcoolisées dans les restaurants municipaux toute l’année. Pour la ville de la Somme, elle est contenue dans le contrat local de santé (CLS) renouvelé en 2024 pour quatre ans, avec comme cibles prioritaires les jeunes, en particulier les étudiants. « La signature de ce contrat avec 14 partenaires nous permet de mener 4 fois plus d’actions de sensibilisation en ce mois de janvier que l’année dernière », se félicite Bruno Bienaimé. Là aussi, pour Entraid’Addict, ces démarches au long cours vont dans le bon sens. Néanmoins, Olivier Lallement, qui connaît bien Amiens pour y vivre, regrette que, de façon générale, trop peu de communes mènent une politique axée sur les addictions. « Un bel objectif serait, par exemple, que toutes se dotent progressivement d’un référent en la matière, et qu’elles s’appuient sur les patients experts », lance-t-il.
En attendant, le nombre de collectivités locales soutenant le défi reste modeste. Comme l’an passé, elles sont une dizaine à s’être engagées. On retrouve aussi Paris, Lyon, Nantes, Strasbourg, Brest et Marseille. Soit essentiellement de grandes métropoles, ce qui, en termes de population touchée, est plutôt conséquent. Mais relever ce défi, même en tant que soutien officiel, n’est pas forcément évident dans les faits. Si, en ce mois de janvier, les cérémonies officielles, à commencer par les vœux du maire, se feront sans alcool à Grenoble, ce ne sera pas le cas à Amiens.

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