Addictions aux médicaments

Addiction médicamenteuse : suis-je concerné ?

Il ne faut pas croire que l’addiction médicamenteuse concerne seulement les médicaments contenant des substances notoirement addictives, comme comme les somnifères (benzodiazépines) et les antalgiques morphiniques, dont on sait que le risque de dépendance peut survenir rapidement. Certes pour ces médicaments, il faut être particulièrement vigilant, mais il peut arriver que l’on devienne accroc à des médicaments très « courants ».

Comme l’explique le Docteur Maurice Dematteis, Professeur d’Addictologie et Pharmacologie au CHU et à l’Université de Grenoble, « ce qui fait l'addiction, ce n'est pas le produit en lui-même, mais l'usage qui en est fait. C'est un trouble de l'usage du produit, une relation pathologique avec celui-ci. Tout le monde ne développe pas cette relation pathologique et elle peut exister avec d'autres produits (alcool, tabac, produits illicites, aliments) mais également sans produit (ce que l’on appelle les addictions comportementales par exemple envers le jeu, les achats compulsifs, les écrans, etc…) ».

Quand y-a-t-il « dépendance » ?

Comme le précise le Docteur Dematteis, il existe deux types de dépendance :

  • La dépendance physique, qui ne relève pas forcément de l’addiction mais qui est induite par le fait que le corps s’est habitué à un médicament et qu’il exprime des symptômes si on l’en prive,
  • La dépendance psychique, qui est spécifique des addictions (avec ou sans produits ainsi que nous l’avons vu plus haut) et se caractérise par les 4 « C » :
    – perte du Contrôle, 
    – Craving (besoin impérieux de consommer), 
    – consommation Compulsive, 
    – quelles que soient les Conséquences.

« Ce qui signe l'addiction, c'est la perte du contrôle par rapport au produit : il prend alors beaucoup de place dans la vie du sujet », ajoute le Docteur Dematteis. Le sujet dépendant à un médicament peut avoir tendance à augmenter les doses ou la fréquence des prises prescrite, il peut passer un certain temps à essayer d'obtenir son médicament, comme multiplier les consultations auprès de différents médecins pour avoir plus d’ordonnances par exemple. Si l’on prend conscience de cela, ou qu’on le voit s’installer chez un proche, il est conseillé d’en parler à un médecin.

Dépendance aux laxatifs, aux décongestionnants pour le nez, au paracétamol…

On peut developper une dépendance à des médicaments auxquels on ne pense pas de prime abord, comme certains laxatifs par exemple. En fait, bien que ce genre de médicaments ne contienne pas de substances addictives à proprement parler, notre corps s’y habitue, s’adapte si le médicament est pris de manière prolongée, et en l’absence du médicament, le corps réagit et exprime des symptômes, qui nous incitent à continuer le traitement au-delà de la prescription, voire à augmenter les doses prescrites.
Avec certains laxatifs pris au-delà de 10 jours, le sujet risque de constipation sévère à l'arrêt du médicament, avec le cortège d’effets secondaires que cela induit. C'est un exemple de dépendance physique, et non d'une addiction.

Dans la famille des médicaments que l’on consomme sans vraiment se poser de questions, il y a aussi les antalgiques à base de paracétamol que l’on prend pour soigner nos petits maux de tous les jours (douleurs, fièvre, légers maux de tête…), mais qui, pris tous les jours, peuvent finir par causer de graves troubles hépatiques, potentiellement mortels. à proprement parler mais il peut faire l'objet d'abus, notamment quand une douleur n'est pas suffisamment contrôlée et nécessite d'autres traitements. Il peut faire aussi l'objet d'abus lorsqu'il est pris pour traiter des céphalées. L'abus de ce médicament induit paradoxalement des céphalées, qui en retour entrainent la prise de médicament, et ainsi de suite, créant un véritable cercle vicieux. L'autre situation d'abus du paracétamol est lorsque il est associé à une substance addictive comme la codéine. Et certains médicaments associant paracétamol et codéine sont en vente libre…
On peut également faire un mauvais usage des décongestionnants nasaux dont certains ont des effets psychostimulants et dont l’abus peut provoquer de l’hypertension artérielle, un AVC (Accident Vasculaire Cérébral) ou encore un infarctus du myocarde.

Ce type d’addiction peut-il toucher tout le monde ?

Le Docteur Dematteis précise que certaines personnes sont plus à risques que d’autres, s’il y a par exemple des antécédents personnels ou familiaux d'addiction et/ou de fragilité sur le plan psychiatrique. 
Dans ces cas précis, la prescription de médicaments avec un potentiel addictif doit être envisagée avec une prudence particulière, en pesant bien l'indication de prescription du médicament, et une fois prescrit, en surveillant de manière renforcée ces patients à risque.

Vers quels professionnels de santé se tourner si l’on se sent fragilisé ?

Le médecin généraliste a une place essentielle et est en première ligne. D’autres médecins peuvent aussi être impliqués, d'emblée ou secondairement, pour traiter par exemple des problèmes de sommeil, d’éventuelles douleurs, des troubles psychiatriques, etc. Si besoin, pour des prises en charge plus complexes, on peut faire appel à un addictologue. 
Le pharmacien est également un interlocuteur important, d’autant plus dans les cas de l'automédication.
Enfin le Docteur Dematteis rappelle que ce qui est important, c'est la communication entre le patient et le professionnel de santé (qui a prescrit ou non le médicament) car on ne consomme pas par hasard, on ne développe pas une addiction par hasard. La communication est très importante aussi entre les professionnels de santé, car il peut être nécessaire de coordonner des soins multidisciplinaires. Et comme pour toutes addictions, mieux vaut intervenir tôt, et dans tous les cas anticiper les risques de rechute et/ou de transfert sur une autre addiction.

Comment se passe le sevrage à une addiction médicamenteuse ?

Le Docteur Dematteis explique que beaucoup de prises en charge peuvent se faire en ambulatoire, en combinant des approches pharmacologiques et non pharmacologiques. Dans tous les cas, ces approches doivent être adaptées à l'évaluation initiale du patient, au type de médicament à l'origine de l'addiction, à la sévérité de l'addiction, et aux troubles associés (problèmes de sommeil, douleurs, trouble psychique…). Le traitement est personnalisé avec des objectifs et une stratégie thérapeutique partagés avec le patient pour qu'il soit acteur de sa prise en charge. L'objectif est de permettre au patient de quitter le produit et éviter la rechute. Un travail sur ce qui a favorisé le développement de l'addiction est mis en place, et l’on réapprend à vivre sans produit, avec un objectif de qualité de vie, comme celui de retrouver une autonomie, un épanouissement sur le plan relationnel, reprendre des activités, etc. 
Une hospitalisation peut être nécessaire pour les situations plus complexes, dans les cas notamment d’addiction sévère, de polyconsommation, de pathologie psychiatrique et/ou physique associée, d’antécédents de complication de sevrage comme des crises d'épilepsie, de contexte environnemental et/ou familial défavorable… Là encore, comme pour la prise en charge ambulatoire, l'hospitalisation ne représente qu'un temps du traitement.


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