3 livres pour les enfants nés de la PMA et la GPA

En France, si certains enfants nés d’un don de spermatozoïdes (possible depuis les années 1970), sont désormais des adultes, ceux nés d’un don d’ovocytes n’ont pas plus de 13 ans. Les jeunes parents ont donc encore peu de recul sur la façon d’aborder le sujet de leur conception avec leurs enfants. C’est pourquoi l’association Maia, qui soutient les parents ayant des difficultés à avoir des enfants en les accompagnant notamment sur le recours au don d’ovocytes, a édité, ces dernières années, 3 livres pour enfants, traitant des sujets du don de gamètes et de la gestation pour autrui (GPA).

Le vécu des enfants nés d’un donneur et qui sont aujourd’hui des adultes…

D’après Nathalie, bénévole et écoutante à l’association, ce qui ressort chez les adultes nés d’un don de spermatozoïdes, c’est que pour certains, l’avoir appris tardivement ou par hasard, malgré la volonté des parents de garder le secret, a pu être vécu comme une trahison. D’autres, à qui on l’a caché, ont parfois senti inconsciemment le poids du secret et ont fini par découvrir la vérité. Enfin, il arrive aussi que ceux qui l’aient su, même jeunes, puissent ressentir le besoin de rencontrer leur donneur. C’est le cas de Rémi Delescluse qui a d’ailleurs réalisé un documentaire, intitulé Les Enfants du secret, dans lequel il évoque sa propre histoire et filme d’autres jeunes adultes nés d’un don de sperme. Il raconte ainsi les parcours d’Arthur Kermalvezen (auteur du livre « Le Fils ») et de sa femme Audrey, tous deux nés d’un don et en recherche de leurs origines.

Pourquoi, à quel âge et comment dire à ses enfants qu’ils sont venus au monde d’un don de gamètes ?

La position de l’association Maia est de toujours préconiser aux parents de dire aux enfants comment ils ont été conçus. « Aujourd’hui, la majorité de nos adhérents l’aborde avec leurs enfants mais certains préfèrent le taire. Il y a cependant toujours un risque que les enfants se heurtent à des conversations cachées. En outre, il arrive que des enfants, inconsciemment, aient l’intuition qu’il y a un secret de famille et grandissent avec ce trouble. Nous conseillons de le dire avant l’âge de 8 ou 9 ans. Certains parents le disent quasiment dès que l’enfant vient au monde et le verbalisent, lors de séances de massage par exemple, pour créer un climat de confiance autour de cette situation et que cela soit, très tôt, naturel de pouvoir en parler. », explique Nathalie.

La collection de livres pour enfants « Dans notre histoire, il y a … » de l’association Maia

C’est à la fois pour parler des donneurs et des donneuses, mais surtout pour accompagner les parents, en leur proposant un support facile à partager avec leurs enfants, que l’association Maia a imaginé 3 livres pour des petits, à lire dès l’âge de 4 ou 5 ans. C’est également un âge où l’on commence à évoquer la façon dont les enfants naissent, en parlant des « graines » du papa et de l’ « œuf » chez la maman, ce qui facilite les explications sur le sujet. Trois scenarii ont ainsi été retenus et déclinés en 3 livres différents :

  • « Dans notre histoire, il y a une fée », s’adresse aux enfants nés d’un don d’ovocytes
  • « Dans notre histoire, il y a une graine magique », s’adresse aux enfants nés d’un don de spermatozoïdes
  • « Dans notre histoire il y a nounou et nous», s’adresse aux enfants nés d’une gestation pour autrui.

Dans chacun des livres, des phrases courtes et simples, ainsi que de grandes illustrations. Concrètement, l’idéal serait que chaque enfant possède son propre livre, si dans une fratrie, plusieurs enfants sont issus d’un don de gamètes. C’est un livre destiné à l’enfant, qui lui raconte comment il est venu au monde. En première page, il peut coller sa photo en dessous de laquelle le livre commence ainsi : « Ceci est le livre de mon histoire ».

Gestation pour autrui et mamans célibataires, des sujets qui émergent doucement

Si les 2 livres qui parlent de dons de gamètes ont vu le jour dès 2006, celui sur la GPA est sorti quelques années plus tard. L’association reçoit peu de demandes par rapport à ce livre puisque la GPA est une situation que vivent à peine 2% des adhérents de Maia. Peu de couples s’y aventurent du fait que c’est illégal en France et que cela coûte très cher (entre 40 000 et 130 000 euros selon les pays où se rendent les parents).

Un autre sujet devient de plus en plus d’actualité au sein de l’association Maia, c’est celui de la procréation médicalement assistée pour les mamans célibataires. Cela touche 7% des adhérentes de Maia qui sont déjà mamans « solo » ou prévoient de le devenir. Pour l’instant, les livres ne sont pas vraiment conçus pour leur cas, tout comme ils ne sont pas tout à fait adaptés aux couples homosexuels qui seraient passés par un don de gamètes ou une GPA.

L’importance du soutien psychologique dans le cadre d’une telle démarche

Ainsi que le rappelle Nathalie de chez Maia, les livres sont un outil mais ne sont pas suffisants pour aider les parents et les enfants à intégrer la situation. D’ailleurs, avant même de commencer le protocole de don de gamètes, les parents sont invités à suivre une psychothérapie ou à se rendre à des groupes de parole. Les permanences téléphoniques de l’association Maia sont également mises en place pour écouter les parents, avant, pendant et après le don de gamètes ou la GPA. Tous les bénévoles écoutants ont eux-mêmes vécus des situations similaires. Nathalie précise : « Il faut, en amont, se sentir bien prêt au cheminement que représente le don d’ovocytes ou de spermatozoïdes. Les parents ont le temps de s’y préparer puisqu’il peut se passer plusieurs mois, voire plusieurs années, entre le moment où ils apprennent qu’ils ne pourront pas utiliser leurs propres gènes et le moment où ils pourront bénéficier d’un don. La plupart du temps, tout se passe bien mais il y a des exceptions et il ne faut pas prendre à la légère cette étape préalable au don de préparation psychologique. J’ai déjà eu à faire à une femme de 34 ans, qui a eu recours au don d’ovocytes en Espagne et qui est tombée enceinte très rapidement. À la naissance de son enfant, malheureusement, elle avait du mal à s’investir dans cette relation et n’arrivait pas à lui dire qu’elle l’aimait. Pour elle tout s’était passé trop vite. »

Du côté des enfants, en revanche, Nathalie n’a que de jolies histoires à raconter, à commencer par celle de la fille de la présidente de l’association, née grâce à un don d’ovocytes en France, qui a aujourd’hui 13 ans et est très épanouie. « Lorsque les enfants apprennent tôt qu’ils sont issus d’un don de gamètes, les choses restent très claires pour eux. Ils savent que leur maman les a portés dans son ventre, que papa et maman les élèvent, veillent sur eux et les aiment, et c’est cela qui compte à leurs yeux. », confie Nathalie.

Témoignage de Céline, 43 ans, Paris 
Maman, grâce à un don d’ovocytes, d’une petite fille de 4 ans

Céline avait témoigné, dans nos colonnes, il y a deux ans, de son parcours pour bénéficier d’un don d’ovocytes en Espagne, de la naissance de sa fille et de son questionnement sur la façon dont elle aborderait la question de sa conception avec elle, en temps voulu… Ce temps est venu et Céline a justement acheté le livre de l’association Maia. Elle partage avec nous quelques mots sur le sujet :

« Je savais, depuis que nous avons décidé de passer par le don d’ovocytes pour avoir notre fille, qu’il y aurait un jour ou il faudrait lui expliquer. J’en ai parlé avec ma psychologue et j’ai cherché des livres à lire avec notre fille pour lui expliquer son histoire. Sur internet je suis tombée par hasard sur « Dans notre histoire, il y a une fée » édité par Maïa qui est d’ailleurs l’association qui m’a aidée dans les démarches (papiers, informations pratiques, dossier de sécurité sociale, recherche d’une clinique) pour le don d’ovocytes en Espagne. J’ai donc commandé le livre et je l’ai mis en évidence à la maison. Ma fille l’a rapidement repéré, et m’a aussitôt demandé de lui lire. On le lit désormais régulièrement. Le sujet est abordé de façon très simple mais je crois que pour un début c’est suffisant. Je pense qu’il faudra un peu de temps pour qu’elle assimile l’histoire. Lui expliquer comment on fait les bébés n’est pas encore d’actualité mais je voulais que le sujet soit abordé assez tôt et que cela soit d’ores et déjà naturel de parler de tout ça. »

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