Illustre mobilisation contre la flambée des prix des médicaments

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18 mars 2016

Bon Point

Illustre mobilisation contre la flambée des prix des médicaments


Chronique d’un divorce pour faute entre la politique industrielle

et le principe d’égalité d’accès aux soins

Lundi 14 mars, 110 personnalités de renom[1] exhortent, dans le journal Le Figaro, à « l'urgence de maîtriser les prix des nouveaux médicaments contre le cancer ». Les cancérologues Dominique Maraninchi et Jean-Paul Vernant avancent des pistes pour réduire l'inflation des prix pratiqués par l'industrie pharmaceutique.

Ces spécialistes du soin, témoins de l’évolution des prix des médicaments innovants et de la très grande tension que celle-ci fait peser sur l’administration hospitalière et l’accès aux soins des malades, soulignent plusieurs points d’une extrême gravité :

 

  • De nombreuses innovations thérapeutiques apparaissent dans le domaine du cancer. Certaines offrent aux malades des espoirs de survie plus longue et d'une meilleure qualité de vie. Pourtant, le coût d'abord croissant et maintenant exorbitant de ces innovations risque fort de compromettre ces espoirs. De fait, des dizaines de millions d'Américains ne peuvent déjà plus profiter de ces progrès thérapeutiques. Les détenteurs d'une assurance santé peuvent, quant à eux, avoir à s'acquitter d'un reste à charge de 25 000 à 30 000 dollars par an, soit la moitié du revenu moyen des ménages aux États-Unis.
  • De façon paradoxale, les prix des nouveaux produits explosent alors que le coût de leur recherche et développement a diminué.
    Les prix des nouveaux produits explosent alors que le coût de leur Recherche & Développement a diminué, notamment du fait de l’importance de la recherche publique.
    D'ailleurs, les comptes de l'industrie pharmaceutique eux-mêmes confirment cette faible charge, où en moyenne 15 % du chiffre d'affaires de la branche est allouée à la R&D contre plus de 25 % pour les dépenses de marketing, et des marges bénéficiaires annoncées excédant 15 %.
  • Les prix des nouveaux traitements du cancer sont déterminés par l'idée que les industriels se font de ce que les marchés sont capables de supporter.
    Cela explique les écarts de prix très importants observés d'un pays à l'autre.
    Au Royaume-Uni des traitements pourtant efficaces sont aujourd'hui déremboursés à cause des dépenses qu'ils engendrent.
  • Des menaces réelles pèsent sur l'équité d'accès des patients aux traitements innovants des cancers.
    Face à l'inflation des prix pratiqués par des laboratoires, des menaces réelles pèsent sur l'équité d'accès des patients aux traitements innovants des cancers, comme sur la pérennité de notre système de santé solidaire.

Face à ces menaces, les 110 signataires de cet appel proposent notamment :


  de définir un juste prix pour les médicaments du cancer, basé sur les sommes investies par les industriels pour la R&D du produit (en tenant compte des apports fournis par la recherche académique), auquel s'ajouterait un retour sur investissement raisonnable, éventuellement défini a priori ;

  de rendre le système d'arbitrage des prix plus démocratique et transparent, en y associant de façon structurelle des représentants des patients et des professionnels ;

  de ne plus accepter les extensions de durée des brevets, que la rapidité du développement des nouvelles thérapeutiques ne justifie pas ;

  d'autoriser, comme cela existe déjà pour les traitements du sida et des infections opportunistes, l'utilisation de licences obligatoires pour les pays en développement, qui leur permettent la production et l'utilisation de génériques avant même que les brevets ne tombent dans le domaine public.



En réponse à cette mobilisation, les entreprises du médicament, regroupés au sein du LEEM qui répond, dans un communiqué, avoir « pris connaissance avec beaucoup d’attention » de cet appel concernant le coût des traitements du cancer. Le LEEM tient ainsi à mettre en exergue plusieurs aspects essentiels de la problématique des prix des médicaments anticancéreux de son point de vue :


  Le retour de l’innovation thérapeutique est avant tout une bonne nouvelle pour les patients, notamment pour ceux souffrant de cancer, car ces traitements offrent de nouvelles perspectives de prise en charge d’une pathologie qui frappe chaque année 365 000 Français.

  Le coût de ces nouveaux traitements doit être mis en perspective avec l’apport thérapeutique majeur qu’ils représentent. Notamment, ils amélioreront la qualité de vie des patients, parce qu’ils permettent une plus large prise en charge à domicile. Le coût des innovations ne peut être dissocié des transformations profondes du système de santé qu’elles induisent et, le cas échéant, des économies qu’elles rendent ainsi possibles par ailleurs.

  S’agissant du prix, toute comparaison du système français (à prix administrés) avec le système américain (à prix libres) est d’emblée qualifiée comme non pertinente.

  Au-delà du débat légitime sur le prix des médicaments innovants, les dépenses de médicaments remboursés ont baissé en France depuis 4 ans et le médicament constitue aujourd’hui la dépense de santé la mieux maîtrisée. Ainsi, depuis 5 ans, le médicament a représenté près de la moitié des économies décidées dans le cadre de la LFSS alors qu’il ne représente que 15 % des dépenses d’assurance maladie. Les prix français sont aujourd’hui généralement les plus bas de ceux des 5 grands marchés européens.

  La détermination du juste prix du médicament doit prendre en compte la nécessité d’assurer un accès aux traitements à tous les patients qui en ont besoin, la valeur thérapeutique apportée, les économies générées dans le système de soins, un financement soutenable dans le temps pour le système de santé mais aussi la possibilité pour l’industriel de réinvestir dans la recherche pour trouver de nouvelles molécules et continuer de produire du progrès thérapeutique.

 

*          *          *

 

Le prix du médicament n’est pas un sujet facile à traiter. Chacun peut comprendre que l’innovation à un coût, que ce coût doit trouver à être financé par la collectivité qui, dans notre pays, a fait le choix de permettre à tous l’égalité d’accès à des soins innovants et de qualité.


Ce même coût doit néanmoins être objectivé dans la plus grande transparence et en fonction de critères pertinents qui, pondérés, doivent sans conditions garantir l’intérêt supérieur des malades.


Si aujourd’hui la mobilisation citoyenne fait rage, c’est en partie parce que les pouvoirs publics ne semblent pas trouver les moyens de résister efficacement aux revendications des industriels du médicament qui ont à cœur de soigner leurs actionnaires. En 2014, les dix premiers groupes pharmaceutiques ont en effet reversé près de 70 milliards d’euros à leurs actionnaires. Une somme colossale, proche du bénéfice net cumulé (75,6 milliards d’euros) de ces mêmes géants de la pharmacie et très supérieur au montant cumulé de leur R&D (56 milliards d’euros). Ainsi, en moyenne, 92,6 % des profits de ce Top 10 sont retournés aux actionnaires [2].


Qui s’émeut du sort des malades que l’on exclut déjà de l’accès aux soins coûteux faute de pouvoir soutenir les prix ?


Un dispositif sur-mesure et encore insatisfaisant a été élaboré pour le traitement des personnes atteintes d’hépatite C. Des milliers de malades, qui ne le sont « pas encore assez » pour entrer dans les critères définis d’accès aux traitements, restent donc, aujourd’hui en France, interdits de Sofosbuvir (41 000 euros la cure de 3 mois) alors qu’il permet la guérison et pourrait par conséquent permettre l’éradication de cette pathologie transmissible, s’il était administré sans discrimination à des tarifs raisonnables.

 

Est-il supportable d’entendre que les prix des innovations doivent être fixés en tenant compte des économies qu’elles induisent ? Quelle évolution culturelle a pu déboucher sur un tel raisonnement permettant tous les excès ? Quel constructeur immobilier déterminerait ses matériaux anti-dérapants à prix d’or au motif qu’ils permettent d’éviter nombre de chutes coûteuses à prendre en charge, ou constructeur automobile le prix de ses voitures en fonction des vies que leurs ceintures de sécurité permettent de sauver ?! Quelle obligation d’ordre éthique doit être opposée à l’industrie pharmaceutique qui, par sa force financière et sociale en tant qu’employeur, contraint les Etats à consentir des accords léonins ?


La mobilisation des 110 est à saluer. Les problématiques soulevées doivent remettre nos choix de société en perspective sans jamais les perdre de vue.




[1] La liste des 110 signataires : L. Ades, F. André, T. André, M. Attal, M. Bagot, A. Baruchel, J.O. Bay, F. Bertucci, D. Blaise, N. Boissel, J. Bonneterre, D. Bordessoule, P. Bougnoux, D. Bouscary, R. Bugat, J.Y. Cahn, F. Calvo, M. Campone, S. Castaigne, M. Cavazzana, C. Chabannon, F. Chauvin, M.P. Colombat, C. Cordonnier, S. Culine, E. Deconinck, A. Delmer, H. Dombret, J.Y. Douillard, J.B. Dubois, M. Ducreux, F. Duffaud, C.Durdur, A. Eggermont, F. Eisinger, M. Espié, T. Facon, F. Fenaux, J.M. Ferrero, P. Feugier, A. Fischer, G. Freyer, P. Fumoleau, G. Ganem, C. Gardin, S. Giraudier, J. Gligorov, A. Goncalves, P. Guardiola, D. Guyotat, E. Gyan, C. Haïoun, J.L. Harousseau, O. Hermine, M. Hunault, N. Ifrah, A. Jaccard, P.Kerbrat , J.L. Lagrange, T. Lamy, G. Laurent, P. Laurent-Puig, V. Leblond, S. Legouill, F.X. Mahon, D. Maraninchi, G. Marit, J.P. Marolleau, J.J. Mazeron, J. Mazières, M. Michallet, L. Mignot, N. Milpied, J.L. Misset, M. Mohty, P. Moreau, F. Morschhauser, S. Nguyen-Quoc, S. Oudard, R. Peffault de la Tour, J.M. Phelip, T. Philip, A. Pigneux, X. Pivot, J.L. Pujol, H. Roché, P. Rousselot, S. Salas, G. Socié, M. Schneider, J.F. Seitz, H. Sobol, F. Suarez, J. Taïeb, C. Thieblemont, A. Thyss, H. Tilly, J.M. Tourani, O. Tournilhac, V. Trillet-Lenoir, N. Tubiana-Mathieu, A. Turhan, B. Varet, P. Verrelle, J.P. Vernant, N. Vey, P. Viens, E. Wattel, M. Ychou, R. Zittoun.


[2] Source : Pharmalyses.